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Comment les Communards voyaient la Commune

 

 

 

 

 

Comment les Communards voyaient la Commune

 

Le Mouvement social, n° 37, octobre-décembre 1961

Nous savons, par bien des témoignages et des livres, ce que les chefs de la Commune ont pensé de l'œuvre révolutionnaire qu'ils ont accomplie, ou tenté d'accomplir. Depuis la publication d'un récent ouvrage, nous savons aussi ce que sont les « doctrines » de la Commune, ce qu'elles doivent à une vieille tradition jacobine, ou à Proudhon, ou à d'autres (1). Mais peu de documents ont été publiés qui nous éclairent sur ce que, tout en bas de l'échelle, le peuple parisien pensait de sa Commune, sur la façon dont les troupes révolutionnaires envisageaient leur révolution (2). Aux Archives du Ministère de la Guerre à Vincennes, tantôt dans les dossiers d'insurgés, tantôt en liasses égarées dans divers cartons, on retrouve grand nombre des lettres adressées par des Communards à leurs familles, à leurs amis, aux journaux, aux membres de la Commune, des brouillons de discours pour les réunions populaires, des brouillons de poèmes, ou de simples notes rapidement griffonnées. Certes ces petites gens écrivent mal, leur orthographe est souvent fantaisiste (mais ils mettent toujours une majuscule au mot République), leurs idées confuses, ou simplistes ; leur témoignage n'en mérite pas moins d'être entendu, et quelquefois l'on a d'heureuses surprises. Laissons un moment la parole au Peuple de Paris.

 

(1) Charles   Rihs, La   Commune   de   Paris, sa   structure   et   ses   doctrines, Genève, Droz, 1955, 317 p.

 

(2) Le meilleur des témoignages existant est l'ensemble des Lettres au « Père Duchêne » pendant la Commune de Paris. Avec une introduction de Sakharov. Paris, Bureau d'Editions, 1934, 63 p. Voir aussi le chapitre « La Commune et les forces populaires », dans l'ouvrage collectif « La Commune de 1871 ». Paris, Editions Sociales, 1960, 435 p.

1 )  Lettres de Désiré Lapie à sa sœur

Désiré Florentin Lapie est né le 7 décembre 1836 à Dizy-le-Gros, dans l'Aisne. Il est ouvrier menuisier et habite 38 rue du Ruisseau, au cœur du révolutionnaire XVIIIe arrondissement. Il a participé à l'enlèvement des canons le 26 février 1871, en tant que membre du Comité de la Garde nationale de Montmartre. La Commune en a fait un commandant des compagnies de marche du 169e bataillon. Il a été condamné par contumace à la déportation dans une enceinte fortifiée. Il était le frère d'Alcindor Lapie, membre du Comité de vigilance du XVIIIe arrondissement, chargé pendant le Siège de la fabrication de bombes Orsini, qui, le 24 octobre 1870, s'était fait sauter accidentellement avec sa fabrique. (Voir La Patrie en Danger, n° 46 du 26 octobre  1870).

Paris, le 9 mars 1871.

    

Cher beau-frère et chère sœur,

Je vous ai écrit à plusieurs reprises et je n'ai pas reçu de réponse. N'aurais-tu pas appris chère sœur la mort de notre malheureux frère Alcindor. Ce pauvre frère a été tué le 24 8bre 1870 à 3 heures de l'après-midi, il était lieutenant et directeur d'une fabrique de bombes, c'est là qu'il a trouvé la mort, la fabrique a fait explosion, dans notre malheur nous avons eu une grande consolation, c'est que plus de trente mille personnes ont assisté à sa dernière demeure, plusieurs discours ont été prononcés sur sa tombe par des citoyens connus de la démocratie, aujourd'hui représentants du peuple.

Alcindor avait pris une part active à la formation des C(ompagn)ies de bombardiers, c'est d'une de ces compagnies qu'il était lieutenant ou moment où ce pauvre enfant avait atteint une position sociale, la mort nous l'enlève laissant sa femme et son enfant dans une position voisine de la misère, heureusement que la position qu'il occupait a permis à sa femme de trouver un emploie qui lui vient en aide. Mon neveu est au collège, il est bien gentil, ma femme va le chercher le jeudi et Dimanche, ma belle-sœur vient tous les jours chez nous après sa journée.  [...]   (1)

Pour moi je n'ai pas souffert du tout ni ma femme ni ma belle-sœur et son enfant tous nous avons passé le siège aussi bien que le premier bourgeois de Paris. J'avais fait des provisions, plus j'avais un emploie qui me rapportait environ 7 francs par jour en dehors de çà j'étais capitaine des C(ompagn)ies de guerre, lorsque nous sommes sortis de Paris, j'ai touché les appointements de 266 fr. par mois, tu vois que je n'étais pas malheureux. Le lendemain de cette paix honteuse, j'ai donné ma démission de Capitaine, car c'est à mourir de honte de voir que quelques misérables nous aient vendus de la sorte aujourd'hui ces mêmes hommes se croient encore le pouvoir de nous dominer et de nous trahir de nouveau. En province on vous tait accroire bien des choses, vous pensez que nous sommes en Révolution, eh bien non ma sœur, il n'y a pas de Révolution à Paris, tout çà est mensonge, il est vrai que nous nous sommes emparés des pièces de canon et mitrailleuses, il est bien juste puisque nous les avons payées, aujourd'hui nous les gardons c'est notre propriété.

Le 26 au soir voyant que nous n'avions pas de nouvelles, l'armistice étant expirée, les Prussiens devaient donc entrer à Paris, c'est moi-même ton frère qui le premier ai pris l'initiative de l'enlèvement de ces pièces, j'ai réuni environ 200 hommes, je suis parti sur la place Wagram, j'ai fait enlever 11 pièces qui n'avaient jamais servies, je les ai fait monter au haut des buttes-Montmartre, toute la garde nationale a suivie mon exemple à l'heure où j'écris on monte encore de ces pièces, aujourd'hui nous en possédons 350 et 100 mitrailleuses, je suis en permanence pour la garde de cette artillerie comme Membre du Comité central.

Picard le ministre dit que nous jouons notre tête et bien soit, nous acceptons la partie. La République tient nos cartes, mourir pour elle et avant elle, tel est mon vœu. Tu sauras que si ma tête tombe, elle ne tombera que pour la cause du peuple. Dis bien aux gens de la province que nous ne voulons pas la guerre civile, mais que si on cherche à nous enlever que nous brûlerons plutôt Paris que de nous laisser vaincre par ces bandits.

Nous ne voulons ni le pillage, ni le vol ni grandeurs. Voilà ce que nous voulons rien de plus. République une et indivisible. Séparation de l'Eglise et de l'Etat ; Instruction gratuite et obligatoire pour les instituteurs laïques, suppression entière des armées permanentes, que tout citoyen soit soldat, mais dans son pays c'est-à-dire garde national.

Suppression des sergents de ville et tout argoussin (sic) ainsi que des gendarmes.

Que ceux qui ont déclarés la guerre payent les frais avec les Capitulards qui ont signé la fameuse paix. Voilà notre programme, qui est peut-être réussi à l'heure où tu liras cette lettre, car nous sommes maîtres de la situation à l'heure actuelle, une bonne partie de la troupe est avec nous.

Mais tout ce que vous lisez dans les journaux autre chose que ce que je te dis là eh bien c'est des mensonges infâmes, nous ne somme ni gredins, ni des voleurs, nous sommes le peuple rien de plus et il n'y a rien au dessus de nous.

Adieu cher beau frère et chère sœur

 

   Votre frère qui vous embrasse ainsi que toute la famille

D. Lapie

(1) Je coupe ici quelques passages purement personnels, qu'il me semble inconvenant de reproduire.

Chère et bonne sœur

Paris, le 26 Mars 1871.

 

Tu t'intéresses de nous comme si tu ne connaissais pas Paris. La Révolution vous fait donc bien peur tu me dis que je déshonore mon nom en me laissant conduire par ce mouvement politique : que veux-tu chacun en ce monde doit mettre ses connaissances au service de son pays dans cette crise que nous passons l'honnête homme doit faire abnégation de tout même de la famille, quand il s'agit des générations futures et de l'affranchissement des peuples. Tu me dis aussi que je me mette du côté du plus fort, je suis persuadé que telle n'est pas ta pensée, à moins que tu ne me prenne pour un lâche, nous étions bien faible lorsque nous avons commencé, aujourd'hui nous sommes les puissants dans la force comme dans la justice. Des journaux menteurs vous disent que nous voulons le pillage sui-je né voleur, c'est à toi que je le demande, et tu crois que je voudrais du partage, non ma sœur cette manière n'entre pas dans mes opinions politiques. Voilà ce que nous voulons le droit de nommer nos conseils municipaux, nos officiers militaires, suppression des armées permanentes, séparation de l'Eglise et de l'Etat sans cependant empêcher la liberté des consciences, suppression des traitements au dessus de 10.000 Fr, instruction gratuite et obligatoire par les écoles laïques, fermeture des Couvents, empêcher par tous les moyens possibles le retour du Jésuitisme, car dans ces maisons on ne connaît que le vol et la prostitution.

Oui Ma sœur nous sommes maître entends tu devant nous ces gens s'inclinent les monarques tremblent en pensant à notre révolution, de ces hommes qui nous ont livrée nous les tenons Bismarck lui-même est forcé de nous reconnaître tu vois si nous sommes fort et les gens de la campagne pense venir nous écraser à paris; pauvre peuple qu'ils sont bêtes c'est pour eux que nous travaillons et ils voudraient nous écraser mais s'ils commencent et que Paris lève sa voix il la fera entendre de l'océan aux monts Oural car rien ne résiste à un peuple libre. On vous fait la chose bien mauvaise On vous dit qu'on se tue à Paris La vérité qu'il y a eu en tout 30 morts jusqu'à ce jour sans compter les deux infâmes généraux qui ont été assassiné j'en conviens par deux ou trois misérables pour moi ce que je regrette dans cette affaire c'est les cartouches qu'on a user pour s'en débarrasser.

Voilà tout ce que j'ai à te dire à Paris tout va bien, les élections à la Commune sont favorables on ne s'ait pas disputer bourgeois ouvrier et soldat fraternise Adieu ma sœur et Vive la République démocratique et sociale.

 

Salut et Egalité    D.  Lapie.

2)  Quelques copies de concours

Vers la moitié du mois de mai 1871, la Commune organisa un concours de recrutement d'officiers d'Etat-major. La présidence du jury avait été confiée à l'ancien normalien Martine, membre de la section des Batignolles de l'Internationale, et membre de la Commission de recensement, statistique et élections au sein de la Commission communale du XVIIe arrondissement. À l'écrit, on demandait aux candidats de faire preuve de quelques connaissances et surtout de la vigueur de leurs sentiments républicains et socialistes. Voici quelques-unes de leurs copies. Il est dommage que la question la plus mal traitée ait été : « Qu'entendez-vous par questions sociales ? »

 

Alphonse Ardoin avait à « Retracer rapidement le mouvement révolutionnaire depuis 89 jusqu'à nos jours ». Il a obtenu la note 6 {sur 10), avec les appréciations : « Examen écrit : de la facilité dans les idées ; examen oral : du bavardage ». Représentant de commerce, domicilié 9 rue Lamartine, il était né à Paris le 4 avril 1835. Sergent-fourrier de la 3e compagnie du 229e bataillon, il avait été élu délégué de sa compagnie à la Fédération de la Garde nationale. Ardoin est l'auteur d'une brochure : « Les Français de l'avenir, nouveau gouvernement » (BN Lb 57 1529) et d'un tract : « Les nouveaux impôts, impôt sur le luxe, impôt sur ces petites dames » (BN Lb 57 1507), tous deux publiés en 1871, probablement un peu avant la Commune.

 

La France courbée sous le joug de la féodalité a subi en 1789 un changement radical dans les institutions politiques, changement tellement important qu'il a miné dans sa base tout le vieux édifice du système social européen. Le mouvement révolutionnaire commencé d'une façon anodine sous forme d'opposition à la Monarchie  de Louis XVI sous la puissante impulsion et la parole véhémente de Mirabeau, n'acquit réellement un caractère bien accentué qu'en 1793 alors que les Danton les Marat les St Just les Robespierre prenant en main les rênes du pouvoir firent comprendre au peuple quels devaient être les changements radicaux à opérer dans toutes nos administrations officielles pour arriver à fonder le véritable bien-être du peuple. Le pouvoir réactionnaire, comme de nos jours, était fort puissant, il comprenait toute la noblesse qui ne voulait pas abdiquer son autorité, et la bourgeoisie qui voulait profiter de la victoire que le peuple avait obtenue au prix de son sang. Dans cette lutte intestine le mouvement révolutionnaire fut obligé de se prononcer ouvertement et de prendre des mesures énergiques qui d'elles mêmes dégénérèrent en mesures sanguinaires. Le simple bon sens doit donner raison à l'application des exécutions qui eurent lieu, puisqu'il s'agissait pour la République de vaincre ses adversaires ou d'être condamnés à tout jamais à l'impuissance. C'est ce qui arrive encore de nos jours — les proscriptions ont commencé sous forme de fuite volontaire mais cependant nous n'en sommes qu'à la première phase et des mesures rigoureuses seront indispensables pour assurer d'une manière positive la réussite dans la défense de Paris et des droits qu'il veut conquérir.. Cependant dans toutes choses, il y a, à côté des besoins d'une cause, le mal qui se produit dans l'opinion publique, lorsqu'on arrive aux mesures rigoureuses. C'est que la Terreur s'empare des esprits et les portent naturellement à se lancer dans les bras d'un sauveur quelconque. C'est à mon avis ce qui a amené insensiblement la population française de la première République à accueillir comme un sauveur le fondateur de l'Empire, Napoléon I qui avait su gagner la confiance de son armée. Le mouvement révolutionnaire s'éteignit donc étouffé dans les bras du Titan impérial, pour ne reprendre une nouvelle vie que sous le règne de Charles X alors que la France était de nouveau plongée sous le joug d'un système monarchique et clérical  entièrement  semblable  à  celui qu'elle possédait  avant  1789. À partir de cette époque c'est-à-dire après 1830, la véritable révolution sociale se fit jour, révolution pacifique, ayant pour principes l'éducation morale et sociale du peuple. De profonds philosophes au point de vue des questions économiques et sociales, tels que Proudhon, Louis Blanc, etc.-fondèrent une école nouvelle avec des données positives sur ce qui devait constituer l'élément de la République démocratique et sociale, c'est-à-dire la Liberté saine et honnête, le travail libre et fécond, les droits civils et politiques des citoyens. Ce mouvement révolutionnaire tout pacifique amena la naissance de la République de 1848 qui aurait du être le marchepied de la République universelle si les hommes qui la conduisaient n'avaient pas pris pour mission de se laisser déborder par une Assemblée qui était tout excepté franchement Républicaine.

Cette assemblée s'appliqua à faire prévaloir ce même système de Terreur qui avait perdu la 1ère République, et le dénouement fut le même la nation française mal conseillée se livra entièrement au neveu de Bonaparte. Ce fut une faute que nous avons expiée par un esclavage de 20 ans.

Aujourd'hui la République luit de nouveau sous le Soleil de la Liberté — une Assemblée antinationale cherche à la renverser. Tous les citoyens réellement patriotes doivent apporter leur concours pour l'empêcher de péricliter. Pour y arriver il faut à mon avis éviter autant que possible ce qui a toujours causé la perte de la République ; il faut que la Terreur ne s'empare pas des esprits ; il faut que la modération dans les actes politiques du gouvernement de Paris soit un gage de confiance pour tous.

Comme défense matérielle de Paris j'aurais beaucoup à dire, mais cela n'entre pas dans le sujet que je traite donc je m'abstiendrai seulement je soutiendrai une thèse favorite et je  demanderai seulement

L'Unité dans la direction, et dans l'organisation militaire et civile Là où il y a scission  il n'y a plus d'autorité.

 

Victor Prosper Lhuïllier, né le 24 avril 1834 à Semur {Côte d'Or), agent d'affaires, domicilié 124 rue Mouffetard, où sa femme tenait un débit de vin, lieutenant à l'Etat-major du Colonel Henry, traite « Des causes qui ont perdu la Révolution de 1848 ». Note : 7/10.

 

À mon avis et d'après l'expérience que j'ai des choses et des hommes depuis cette  époque  où mon  intellect  était assez  développé  pour  apprécier  l'importance des faits, ce sont :

la faute impolitique de Garnier Pages, et Ledru-Rollin, en faisant décréter l'impôt des 45 centimes au lieu de l'impôt progressif qui eût atteint la classe aisée au lieu de peser sur les masses, ce qu'a fait l'impôt des 45 c. qui a atteint tous les citoyens sans distinction.

Le refus par Lamartine du Drapeau Rouge et la scission entre le parti du National et celui de la Réforme. — Le parti radical n'était ni publié ni appuyé encore moins compris — A cette Epoque ni Proudhon, ni Félix Pyat, ni Louis Blanc, les plus grands Economistes de cette époque, voir même Blanqui n'ont demandé la décentralisation qui est aujourd'hui le problème de la Commune.Tout était unitaire, et Barbés lui-même n'a jamais parlé de la fédération que la masse ne comprend pas comme Base de La Commune.

Le 15 mai, Juin et la dictature de Cavaignac ont tué la République.

Les journaux de la réaction qu'on eût dû défendre et qui chaque jour insultaient la République qui n'était plus que de nom, Comme aujourd'hui le Petit Moniteur, la Petite Presse font plus de mal à la Commune que les discours et les menaces  de  Thiers  à  Versailles.

Une des grandes causes, l'admission de la famille Bonaparte à la représentation nationale — sans cela pas de président et partant pas d'Empire. — Cavaignac dictateur n'eût pas tué la République qui eût pu se guérir de sa blessure de  Juin.

Une cause à mon avis très grande et même aujourd'hui de la chute des principes des Gracques, de la Loi Agraire, de la profession de foi du Vicaire Savoyard, Le modèle de la Conduite de Robespierre et qui entravera toujours la marche des Révolutions sociales, C'est le Suffrage Universel.

Instruisez une Génération, sans cela Rien — Le vote sera toujours incompris, s'il n'est pas guidé par l'Intelligence.

 

Paris 16 mai 1871.

Jules Auguste Marchand, capitaine du 143e bataillon, traite : « Du rôle de la Garde nationale dans les différentes révolutions parisiennes ». Il obtient la note 6. Né le 23 mai 1851 à Aulnay-les-Bondy (Seine-et-Oise), il est commis architecte et habite 270 rue du Faubourg Saint-Martin.

 

La Garde nationale composée de citoyens dévoués aux intérêts de notre chère patrie ne montra que fort peu d'empressement à notre grande crise révolutionnaire de 1848, tant elle appréhendait l'anarchie ; l'horreur d'une guerre civile la détermine à combattre l'insurrection.

Pourquoi ce mouvement s'est-il opéré ? parce que son organisation était extrêmement mauvaise : les chefs nommés la piuspart pour leur immense fortune ne pouvait désirer le triomphe de la république L'armée peu sympathique aux insurgés devait indubitablement appuyer la garde nationale par ce qu'elle possédait encore toute sa discipline et sa bonne direction. Voilà donc le Rôle de la Garde N(ationa)le en 1848 d'après mon point de vue Aussi le résultat est la Chute de la  Révolution.En 1870 son Rôle est complètement différent Appelé pour la défense du pays, elle s'organisa promptement. Le Gouvernement Républicain régnant lui donnait toute facilité pour nommer librement ses chefs. Elle "prit donc de préférence tous anciens soldats. Elevés dans la même sphère et devenus sympathiques aux hommes ils parvinrent non sans peine à donné une certaine considération aux grades. Animé du plus ardent patriotisme elle ne voyait pas sans douleur les infâmes trahisons de nos Gouvernements son nombre étant considérable elle était donc en lieu d'espérer qu'elle ne resterait pas inactive dans cette malheureuse guerre Aussi le Gouvernement de la défaillance n'étant pas à la hauteur de son dévouement pour la Cause démocratique perdit son Estime et sa Confiance dès le mouvement sublime du 31  octobre

À vrai dire beaucoup de Citoyens n'ayant qu'une idée très vague sur la Commune qu'on voulait instituer ce jour et qui bien certainement a sauvé la France ne donnèrent point leur concours à ce mouvement. Les citoyens qui composèrent la Commune étant parfaitement connus pour leurs idées avancées n'obtinrent donc pas sa force entière, ils n'eurent qu'une infime minorité qui devait l'amener à  sa perte.  Lorsque  Paris  fut  livré  et  vendu  par  ces  individus  abjects qui veulent aujourd'hui la ruine totale de cette illustre capitale, la garde nationale apprécia mais hélas ! trop tard l'importance du mouvement du 31 octobre elle jura bien qu'on ne l'y reprendrait plus elle s'empare spontanément de tous les canons de l'Enceinte qui restait encore au pouvoir de ces misérables traîtres et dès lors obtint une force tellement grande qu'elle épouvantait cette Assemblée Monarchique qui sachant Thiers hostile aux Républicains s'empressa de lui confier les pouvoirs les plus étendus. Thiers n'obéissant qu'à son idée il voulut donc lui ôter ses canons sa force réelle et se promit bien de la désarmer afin qu'elle ne l'obséda plus de ses protestations de là le 18 Mars jour à jamais mémorable dans les Annales de l'histoire le peuple suffisamment éclairé savait fort bien que la troupe trahie, trompée comme elle l'avait été n'obéirait point à ces ignobles généraux aussi elle résolut donc de lui opposer de la résistance. La troupe ayant pactisé avec la garde nationale le Gouvernement se trouva culbuter par la Fédération de la Garde Nationale ayant pris le nom de Comité Central composée de gens Energiques d'un Républicanisme jusqu'à la méconnu méprisant la mort épouvantant un amour profond pour toutes les libertés possibles et prêts au plus grand sacrifice pour nous conquérir ses privilèges;  ils s'emparèrent donc du Pouvoir sans résistance et la Garde Nationale dans les Quartiers populeux qui la voyait administrer avec justice et ordre lui Apporta un Concours efficace dans l'Exécution de ses lois la garde nationale des quartiers opulents au contraire ne connaissant nullement les citoyens ne voulurent pas subir les volontés des quartiers populeux de la lutte ou le résultat est la Victoire pour le Comité central.

La Garde nationale fut enfin appelée à combattre Versailles elle le fit courageusement son héroïsme mérite d'être signalé combattant pour ses franchises Municipales pour des réformes libérales sachant qu'elle donnait un démenti formel à ceux qui osèrent l'insulter, seulement la Chute de tout ce qui pouvait rappeler le Gouvernement de la lâcheté elle résista donc aux ordres nombreuses de Versailles.

La lutte se bornera à une conciliation imposée par la France entière et la Garde  nationale  obtiendra  sa page  glorieuse  dans  l'histoire  impartiale.

Voilà donc mon appréciation sur le Rôle de la Garde Nationale dans nos différents  Evolutions.

 Georges Frédéric Dubourg, dessinateur, né le 18 juillet 1836, domicilié 24 rue de Charonne, douze ans de service militaire, traite la même question que Jules Marchand, mais avec moins de vigueur.

Pour répondre à cette question avec le développement qu'elle comporte, il faudrait analyser les divers éléments sociaux qui composent la Garde nationale parisienne, telle qu'elle est organisée en ce moment. Il faudrait, de cette analyse arriver à des conclusions comparatives entre le prolétariat des villes et le prolétariat des campagnes, et arriver aussi à cette constatation irréfutable que seul, le prolétaire des villes, par son instruction plus développée que celle du paysan, pas son bon sens plus subtil, par ses besoins plus nombreux, par son état de civilisation plus avancé, que seul, dis-je, le prolétaire des villes peut comprendre et diriger un mouvement révolutionnaire social. La Garde Nationale Parisienne a toujours eu l'initiative des grands mouvements révolutionnaires, et le 18 mars plus qu'à toute autre date, elle est restée fidèle à sa mission. Il ne suffira plus alors de compter sur les promesses ou les garanties Jésuitiques données par ceux qui ont intérêt à étouffer les revendications du prolétariat. La Garde nationale aura prouvé sa force, elle devra garder et organiser cette force pour la défense de ses  droits.  »

 

Joseph Guaitella, employé, né le 16 avril 1837 à Bastia (Corse), domicilié 15 bis avenue Victoria, avait été pendant le Siège capitaine aux Eclaireurs de la Seine. Au début de l'insurrection il est aide de camp de Cluseret, puis devient major de place, attaché à Razoua qui commande l'Ecole militaire. On suppose qu'il a été tué pendant la Semaine sanglante en défendant une barricade. La question qu'il doit traiter est la suivante : « Appréciation des opérations de l'armée française par l'armée de Paris. »

 

   Le  4  septembre  1870  Paris  libre  proclamait  la  déchéance  des Bonaparte en inaugurant un nouveau gouvernement ; Malheureusement au milieu de l'agitation produite par ce glorieux événement la population parisienne se laissait escamoter le pouvoir par des hommes incapables de la défendre, car leur chef, le Général Trochu disait le soir même que la défense de Paris n'était, qu'une pure folie.

   Cependant la garde nationale décidée à tous les sacrifices s'organisait avec rapidité, les marins venant de nos différents ports militaires préparaient avec un dévouement absolu la défense de nos forts, les débris du Corps d'armée Vinoy échappé au désastre de Sedan se préparaient à agir vigoureusement contre l'ennemi ; les corps-francs arrêtaient sur la Marne les courreurs Prussiens en un mot tout ce que Paris renfermait de force vitale était décidé à défendre la capitale, car chacun comprenait qu'une résistance prolongée pouvait changer à notre avantage les chances de cette guerre maudite. Telles étaient au 4 septembre les dispositions d'esprit de cette population héroïque que la lâcheté et l'ineptie de ses gouvernants devaient conduire à la plus honteuse capitulation. Le 31 octobre des hommes énergiques et dont le patriotisme n'avait d'égal que leur foi républicaine, persuadés que le général Trochu et consorts n'avaient d'autre but que de livrer Paris après l'avoir trompé par de fallacieuses promesses, tentèrent de renverser ce gouvernement de saltimbanques, et pourvoir à son remplacement par la formation de la Commune, seul pouvoir légal et capable de remplir le mandat dont elle aurait été investie. Mais telle était l'aveuglement de la population parisienne que malgré les efforts énergiques tentés dans cette journée par ceux qui réellement comprenaient la situation horrible où Paris se trouvait, un vote aussi stupide qu'odieux maintenait au pouvoir les criminels qu'il eut était fort sage de fusiller.

Si cette mesure énergique commandée par l'intérêt du salut public eut été accomplie, la France n'aurait pas eu la douleur de subir le traité infâme qui lui a été imposé.

Aussi malgré les horreurs d'un siège sans précédent dans l'histoire, malgré la bravoure incontestée de ses défenseurs, Paris, gouvernée par d'ignobles coquins qui l'avaient exploitée à merci, se voyait livrée pieds et poings liés à la horde allemande qui l'enserrait depuis 5 mois.

Puisse cet exemple nous faire comprendre une bonne fois pour toutes que des mesures énergiques seules — c'est-à-dire la mort des Favre et Cie — pouvaient amener la solution que nous désirions tous, l'anéantissement de l'armée d'investissement.

La situation étant la même aujourd'hui, il n'y a qu'un seul moyen d'en finir avec les bandits qui nous égorgent, c'est d'avoir le courage d'inaugurer un régime de terreur, seul remède efficace pour détruire à jamais la souche réactionnaire qui germe dans Paris et qui n'attend que le moment favorable de nous livrer aux Versaillais comme Trochu nous a vendus aux Prussiens.

Quand on aura fusillé quelques sauteurs du boulevard et quelques réfractaires, quand on aura en un mot purgé Paris de tous les parasites immondes qui grouillent dans son sein, l'œuvre de résurrection nationale pour laquelle nous combattons serra accomplie.

Telle est mon opinion.

Vive la Commune

Vive la République  Sociale.

 

 

François Théodore Yvonnet, né le 22 novembre 1831 à Bayeux (Calvados),, établi depuis dix-sept ans peintre d'enseignes 40 rue Folie-Méricourt, sous-lieutenant pendant la Commune à l'Etat-major de la Place, chargé du Bureau topographique, a lamentablement échoué au concours. Il a obtenu la note 2 sur le sujet : « Qu'entendez-vous par questions sociales ? », avec les appréciations : « Examen écrit : mauvais ; examen oral : nul à peu près ».

 

Citoyens, suivant mon appréciation J'entends par socialisme, les hommes s'unissant dans une même politique, au point de vue de l'Union, pour faire la force d'un pays, au point de vue matériel, en s'unissant en coopération soit collective ou individuelle pour tout ce qui a rapport au Commerce aux Sciences et aux arts et établir par cette coopération la vie à bon marché pour ce qui est la Justice, qu'elle  soit  établie par  des  cours  qui  auront  leur  contrôle.  Pour  ce qui est guerre, l'armée permanente doit être abolie, l'armée citoyenne seule pour sauvegarder l'honneur de la patrie et la propriété. Voilà, citoyens, le  petit  résumé  de  mes  Idées.

 

Enfin Jean-Baptiste Louis Cagnat devait « Justifier la chute de la colonne Vendôme ». Il est né le 30 janvier 1829 à Biesheim, en Alsace, demeure pendant la Commune dans le XVIIe arrondissement, et se dit voyageur de commerce. Il était capitaine d'Etat-major à la XVIIe légion. Avec un examen écrit « passable » et un examen oral « mauvais », il obtient la note 3.

 

La colonne Vendôme qui avait été érigée en 1810 en commémoration des victoires remportées par les armées françaises sur nos soi disant ennemis sous le règne despotique et absolu de Napoléon Ier vient d'être démoli suiv(an)t un décret de la Commune de Paris, aux applaudissements de tous les hommes amis de l'humanité, et pour effacer à jamais cette époque néfaste de notre histoire.

C'est ainsi que dans l'avenir devront tomber tous les tyrans qui oppriment les peuples depuis des siècles, s'appuyant sur l'ignorance et la superstition des masses.

La légende napoléonienne a vécu : espérant que plus jamais elle ne renaîtra de ses  cendres.

Les générations futures ne voudront jamais croire que leurs pères ont idolâtré ce fétiche et sa race infecte qui nous a amené deux fois l'invasion.

4)   Discours  de  Castanet sur  «  La  Commune  »

Jacques-Philémon Castanet, né le 25 mai 1845 à Lavaux (Tarn), domicilié 55 rue d'Angoulême à Vincennes, était commis de 2e classe des Contributions indirectes. Le 2 avril 187 1, il avait été nommé par Bastelica contrôleur des Contributions indirectes à Vincennes. Le 16 mai, il proclame la Commune à Vincennes, s'empare de la Mairie et y arbore le drapeau rouge. Le brouillon qui suit, saisi dans ses papiers, est-il celui d'un discours qu'il a prononcé à cette occasion ?

 

Le principe de la Commune, citoyens, c'est le droit que possède chaque groupe de citoyens de s'administrer librement, que ce groupe soit nombreux ou faible, qu'il s'appelle commune municipale  ou  cantonale ou  départementale.

L'administration d'une cité se compose de plusieurs branches. Des hommes vivant en société doivent avoir le moins de lois possibles, car les lois ne sont que des entraves apportées à la Liberté. Il faut cependant des lois pour régler les relations d'homme à homme, de famille à famille, de ville à ville, de province à province. Les premières, celles qui règlent les relations d'homme à homme et qui constituent le code peuvent sans inconvénient être élaborées par l'ensemble des citoyens de toute une nation, car ce qui est honnête et qui ne l'est pas à Dunkerque  ne l'est pas moins  à Bayonne et vice-versa.

Mais quant aux lois afférentes à la commune elle-même ou au groupe qui porte ce nom, c'est autre chose. Les besoins des habitants de Carpentras n'étant pas les mêmes que ceux de Paris, il est souverainement dangereux de vouloir astreindre les habitants de ces deux villes dont l'industrie, les besoins, les aspirations sont différents, à des lois qui ne conviennent ni à leurs moeurs ni à leur caractère. Ces lois spéciales à chaque localité doivent donc être établies non pas par l'autorité centrale, mais par la représentation locale.

Une objection grave s'élève : mais, ne dira-t-on pas, chaque commune livrée à elle-même, formant un petit état indépendant, mais c'est le [ici mot déchiré!, l'émiettement de la France. Erreur, citoyens ! Les Communes d'une circonscription géographique se groupent librement à leur tour avec les communes voisines qui ont des besoins et des intérêts identiques, pour former les Communes cantonales ou départementales, absolument comme les individus se sont librement unis pour former la Commune municipale. Les lois qui régiront les relations des diverses communes ainsi groupées seront nécessairement faites par une assemblée cantonale formée de la délégation de divers conseils municipaux des  groupes  primitifs.

À leur tour, ces  grandes  agglomérations  se   réunissant   formeront  la  Nation.v La Nation c'est à dire un être politique idéal formé de toutes les traditions de notre glorieux passé politique. La Nation c'est-à-dire la personne politique représentant le Vœu librement exprimé de chaque individu qui est partie intégrante de ce grand tout.

À la Nation ou Etat le soin de gérer les affaires générales du Pays. À elle le devoir de faire respecter l'indépendance de chaque Commune et la liberté de chaque individu. La Nation sera toute puissante pour réunir chaque membre valide à une frontière menacée par l'étranger, mais elle sera impuissante à précipiter l'un sur l'autre deux groupes de citoyens pour les faire s'entretuer, comme le fait à cette heure le pouvoir central de Versailles qui veut résister à un courant trop fort pour ce faible obstacle. Telle est, citoyens, mon opinion personnelle sur le Principe  de la Commune. »

5) Un poème de Pérol

Joseph Gabriel Pérol, né le 2 octobre 1842 à Clermont-Ferrand {Puy-de-Dôme), ancien marin de l'Etat de 1855 à 1867, a repris du service au moment de la guerre de 1870. A Paris, où il fait partie d'une batterie d'artillerie de marine, il est condamné le 11 octobre 1870, en conseil de guerre, à 5 ans de prison pour outrage à un supérieur. La Commune le libéra le 19 mars 1871 avec six à sept cents autres détenus militaires, et il la servit avec enthousiasme, comme capitaine adjudant-major au 270° bataillon. Il s'est battu à Issy, a défendu le 25 mai la barricade de la rue d'Angoulême. C'est en prison qu'il écrit ce poème :

 

Le 28 mai

   Air : Alsace et lorraine

 

le 28 mai au jour des baricades

En combattant pour défendre nos droits

Nous Commencions gaiment la fusillade

Pour detronner les tyrans et les rois,

bientôt vendus par leur main tyrannique

De toute part Coulait le sang français

C'est en Chantant vive la République

Que l'on tombait sous le feu Versaillais

Refrain

Aux Citoyens tous remplis de Vaillance

qui de vos frères voyez la trahison

Faites qu'un jour unis par la souffrance

Nous vous Vengions (bis)

Aussitôt pris il saisissait nos armes

Fondant sur nous comme de vrais Vautour

Il fusillaient nos enfants et nos femmes

sans épargner les auteurs de nos jours

Aux luxembourg dans des Caves profondes

il nous laissaient là sans air et sans eaux

en se disant nous tuerons tous le monde

C'est le moyen de vaincre le fléau.

 

À Belleville et dans le père lachaise

Nous Combattions Ces (illisible) décimés

En attendant que leur fureur s'apaisent

douze milles de nous ont été fusillés

la roquette vit accomplir Les Crimes

De ses soldats enivrés par le sang

Que d'innocents ont été leurs victimes

et que d'amis il manque dans nos rangs

 Mais le plus triste dans cette grave affaire

 C'est que privé de travaux journallier

 pendant ce temps tous les propriétaires

 Chassaient nos mères et nos soeurs sans pitié

 Pauvres enfants qui souffrez dans la fange !

 estomac Creux et les pieds sans soullier

 Voyez ils veulent anéantir la France

 et voir la mort de tous les ouvriers

 





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