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La Commune de 1871 : utopie,modernité ?

La Commune : Utopie, Modernité ?


Colloque de Perpignan 1996, La Commune de 1871 : utopie ou modernité, Presses universitaires de Perpignan, 2000.


Utopie, modernité. Voilà un questionnement qui nous change heureusement des interrogations traditionnelles et finalement stériles, sur la postérité, le « mythe », les « anticipations », quand ce n’étaient pas les leçons de la Commune. Les deux termes en tout cas valent qu’on y réfléchisse un moment.
Remarquons pourtant que si les hommes de la Commune eux-mêmes eussent volontiers accepté le second, ils rejetaient catégoriquement le premier. Ils auraient difficilement admis qu’ils étaient des utopistes, eux qui proclamaient que « La révolution communale, commencée par l’initiative du 18 mars, inaugure une ère nouvelle de politique expérimentale, positive, scientifique … ». Et quand l’assemblée communale décide de rendre un dernier hommage à Pierre Leroux, mort le 12 avril 1871, c’était, sur la proposition de Tridon, « non au philosophe, partisan de l’école mystique dont nous portons la peine aujourd’hui, mais à l’homme politique qui, au lendemain des journées Juin 1848 a pris courageusement la défense des vaincus. » Ils étaient sûrs en revanche que leur révolution allait être « la révolution la plus moderne, la plus large et la plus féconde de toutes celles qui ont illuminé l’histoire. »
« Modernité » ! Le terme me paraît ambigu. Assurément la Commune appartient à cet âge moderne surgi avec la Révolution, auquel nous appartenons encore, quoi qu’on en dise. Mais ne court-on pas le risque de retomber dans le piège d’interrogations sur les anticipations de 1871 ? Anticipation est à coup sûr un non-sens historique. C’est, je crois, autrement qu’il faudra faire, s’il se peut, apparaître la « modernité » de la Commune.

Soulignons de ce fait d’emblée que la Commune est un événement historiquement bien daté, qui peut être raconté, expliqué, du moins en apparence. Dans le déclenchement et l’évolution de ce qui fut la dernière insurrection populaire armée du XIXe siècle, le dernier exercice par le peuple de son droit à l’insurrection, ont joué à l’évidence tout le poids de l’étouffante atmosphère politique et sociale de l’Empire, le refus finalement presque unanime à Paris du césarisme, le patriotisme blessé, le républicanisme ancien - mystique républicaine si l’on veut -, et tout le fruit de la maturation de la question sociale qui s’est opérée depuis au moins 1830.
Utopie ! Il m’est arrivé de parler, peut-être un peu à la légère, empruntant les termes à Malraux, d’« illusion lyrique » en 1871, et de cette « apocalypse qui n’a pas de futur ». L’étonnante République de Paris qui, par la force des choses, s’établit, peut bien être dite utopique au sens courant du terme. D’un autre côté, l’utopie proprement dite n’est pas si loin. L’idée et le mot de « Commune » (sans parler pour l’instant de la référence à la Révolution) sont chez Fourier et les fouriéristes, chez les communistes « utopistes » des années 1840, tout spécialement chez Théodore Dézamy, dans son Code de la Communauté. On a discuté encore fort sérieusement aux Congrès de l’Association internationale des Travailleurs de l’abolition de l’héritage que Marx qualifie avec sa hargne habituelle, après tout bien à tort, de « vieillerie saint-simonienne ». Mais il est vrai que la période du Second Empire a conduit à un « réalisme » certain. Le climat est au « positif ». Il y a eu l’échec des illusions de 1848, puis le traumatisme redoutablement réel de décembre 1851. Il s’est effectué comme une décantation de l’esprit « utopique » de la première moitié du siècle. En 1870-1871, les derniers vrais descendants des grands utopistes, icariens, considerantistes et autres sont en Amérique, si loin qu’ils sont en quelque sorte « nulle part ». Le « socialisme » de Proudhon, auquel plusieurs des hommes de 1871 ont voulu emprunter, se veut « scientifique ».
Il ne s’agit pas de reléguer la Commune dans un « non-lieu », « en aucun lieu nulle part ». Il ne s’agit pas non plus de « faire bouillir les marmites de l’avenir ». Il faudrait pouvoir donner au mot un sens fort. Non pas l’utopie au sens de chimère, rêve impossible, illusion. Au moins comme l’entend Joseph Déjacque, « un rêve non réalisé, mais non pas irréalisable » [1] Comprendre l’utopie, en quelque sorte, comme un « hors-texte », un « écart » : écart par rapport à la pensée dominante, désordre, déraison, mais par rapport à l’ordre établi, à la raison établie. [2] Tenter d’y voir quelque chose qui participe en quelque façon de l’ampleur, de la force, de la pensée des trois grands « révélateurs » du début de la première moitié du siècle. Et qui en contienne quelque écho.
Mais revenons d’abord un moment à l’« événement », daté, apparemment bien connu. Un événement est rupture, inattendue, écart lui aussi, écart dramatique avec l’ordre existant des choses, incompréhensible pour les tenants de l’ordre établi, écart aussi bien dans la continuité linéaire du temps trop chère aux historiens. [3] Interrogeons-nous sur la posture de l’historien. L’événement dépasse la raison commune, celle des contemporains qui, sauf exceptions rares, n’ont vu dans la Commune que le retour des Barbares. Ne dépasse-t-il pas aussi bien la nôtre ? Comme de tout événement historique, qu’en apercevons-nous ? Nous en avons connaissance « à distance », et somme toute par fragments, par éclats plus ou moins brillants. Nous avons des récits de témoins, d’acteurs, des discours de porte-parole, d’interprètes posthumes, quelques rares archives originales, et naturellement pas, ou à peine, la voix des « sans voix », de ceux qui ont réellement fait la Commune. [4]

 « À distance », il est bien impossible de restituer l’événement de 1871 dans son « authenticité ». Nous lui trouvons des « causes », nous en faisons à notre tour des récits. Nous y voyons même des contradictions, des incohérences, des impasses. Ainsi de la contradiction flagrante entre une dictature de salut public au sommet, et la revendication, tout « en bas », d’une autonomie populaire qui se veut souveraine. Ainsi de l’apparente contradiction que nous lisons, dans la Déclaration au Peuple français, rédigée de plusieurs mains, jacobine et fédéraliste à la fois. Mais les hommes de 1871 l’apercevaient-ils comme nous  ? Il ne le semble pas. Pour nous, nous y lisons, nous n’y lisons que ce que nous pouvons y lire, y comprendre, avec nos yeux raisonnables, notre raison d’aujourd’hui.
Connaissanc
e par fragments. De là le foisonnement des lectures possibles, historiques ou politiques, la multiplicité des interprétations contemporaines et posthumes. En vérité, chacun peut trouver dans une restitution de 1871 ce qui est à son goût, et faire en somme son choix. Tel la comprendra comme une dictature nécessaire, ancêtre de la dictature du prolétariat (à condition de prendre celle-ci au vrai sens marxien du terme). Tel y verra le projet d’un fédéralisme quasi anarchiste : c’est l’interprétation des socialistes « antiautoritaires » et des partisans bakouninistes de l’abolition immédiate de l’État. Tel y puisera l’idée d’un « socialisme communal » qu’on trouve en effet dans les programmes des écoles socialistes qui ont voulu s’inspirer de la Commune sitôt après l’événement ; mais tel autre, la simple application d’une démocratie municipale Et les radicaux des années 1870/1880 (comme bien des républicains d’aujourd’hui) pouvaient aussi bien y retrouver la décentralisation républicaine nécessaire, et le « mandat impératif » de la « souveraineté » populaire, esquissé par le programme de Belleville de Gambetta en 1869. [5]

Chaque interprétation de la Commune a un sens. Mais d’un autre côté la Commune a été tirée dans tous les sens. Elle n’est que trop devenue une étiquette couvrant trop  de marchandises. On sent bien que l’on n’a là dès lors que des formulations à chaque fois« partielles », et qu’il est impossible de tenir tout ensemble. Personne ne peut dire qu’il détient la « vérité » de la Commune, sphinx dont Marx lui-même ne voulut dégager qu’un aspect, celui de l’État disparaissant (et non dépérissant).
 Ne cherchons surtout pas non plus des « doctrines » de la Commune. [6] On ne trouverait que des idées réductrices. Certes, les membres de l’Assemblée communale, les « gérants » de la Commune, pour reprendre le terme des sociologues des années 1970 [7] étaient (plus ou moins) d’écoles diverses, parfois contradictoires. Mais les Communards n’ont pas appliqué ou bâti un système. En revanche, de leur courte aventure, on a trop facilement fait système. C’est récupérer la Commune, la faire rentrer dans un ordre raisonnable des choses.
Il faut au contraire conserver à l’événement de 1871 son caractère éminemment « surprenant ». Ne lui retirons surtout pas ce qu’eut d’étonnant, de dérangeant, d’extravagant cette équipée de quelques jours. Le désordre est mis dans l’ordre établi. Consciemment ou non, volontairement ou involontairement, - car la situation a été dès le départ extrêmement complexe -, les Communards ont souhaité, espéré, tenté (utopiquement ?) une transformation totale, radicale des rapports politiques et sociaux. Tous les espoirs jusque-là domptés, toutes les revendications populaires du premier XIXe siècle sont brusquement rameutés, inconciliables parfois, pas toujours cohérents et guère constituables en doctrine « raisonnable » : liberté, droits, justice dans les rapports sociaux, droit des travailleurs, association – au sens puissant qu’a le mot au XIXe siècle-, organisation du travail, organisation de la souveraineté populaire. Bref, la fin de la mise en tutelle du peuple. La Commune est, me semble-t-il, au fond l’insurrection, la révolte, non pas du tout la plus élaborée – aucune insurrection ne l’est -, mais en ce sens la plus radicale du XIXe siècle : du moins en intention.


Sérions mieux les questions. Certes, je viens de le souligner, les « gérants » de la Commune étaient imprégnés de « doctrines ». Mais j’ai toujours réclamé, on le sait, qu’on portât moins attention aux propos et aux actes de ces porte-parole trompeurs qu’à ce que l’on pouvait savoir, péniblement, insuffisamment, des revendications, des aspirations du peuple d’en bas, de ceux qu’on dit « sans voix ». On retrouve alors premièrement, je crois, en 1871, l’exigence, et l’application exigeante sur le tas, « libertaire » (on peut employer le mot, forgé depuis peu par Déjacque, en 1854) et tant soit peu anarchique comme il se doit, de la « démocratie directe ». Ce mot est assurément imparfait, il ne reflète qu’incomplètement quelque chose de beaucoup plus profond ; ce dont il est question, c’est de la souveraineté du peuple, au sens le plus large, le plus total qui soit.
Etre son propre maître ; et sous une forme très concrète, s’auto-administrer, s’autogouverner. On l’observe dans l’exercice quotidien par ceux d’en bas de leur petit pouvoir local, au club, dans leur bout de quartier. S’affirme en tous sens, et de manière évidemment désordonnée, une capacité populaire d’« autonomie », une volonté de participation politique immédiate.
C’est là un problème qu’il convient de mettre en perspective, de poser dans un plus long terme. On n’en aperçoit la portée exacte que par une mise en parallèle de la Commune avec d’autres événements du premier XIXe siècle : la Révolution démocratique-républicaine de 1790/1793 [8], « l’éclair » de Juillet1830, Février et Juin 1848. Il faudrait probablement évoquer encore le Front populaire de 1936, ou même mai 1968. C’est le problème récurrent des révolutions et insurrections populaires du XIXe siècle depuis la revendication démocratique sans-culotte ; en 1850/1851, on dira avec plus de précision : « gouvernement direct de la République » ; en 1871 on dit « Commune ». Question sans cesse reposée, avec les mêmes enjeux et les mêmes exigences, mais aussi à chaque fois enrichie, ou plus exactement colorée, éclairée chaque fois d’un jour nouveau.
Comparons ! On lit dans Le Prolétaire, journal du club Ambroise du XIe arrondissement, 19 mai 1871 : « Serviteurs du peuple, ne prenez pas de faux airs de souverains (...) Ne vous pressez pas de juger et de décider au nom du Peuple. Restez dans votre rôle de simples commis (...). Le Peuple est las des sauveurs ; il entend désormais discuter leurs actes. ». C’est presque terme pour terme ce que proposait Leclerc, porte-parole des Enragés de la Révolution dans L’Ami du Peuple du 21 août 1793 : « Souverain, mets-toi à ta place ; préposés du souverain, descendez des gradins, ils appartiennent au peuple ; occupez la plaine de l’amphithéâtre. Là, à ses pieds et sous ses yeux, ses regards surveillants se promèneront sur vous et son bras sera rémunérateur ou vengeur suivant que vous aurez fixé par vos actions son opinion sur votre conduite. » Certes il y a eu entre temps le suffrage universel (masculin) de 1848 : on dirait bien qu’il n’a pas fondamentalement changé pour le peuple les données du problème. Participer vraiment, s’intégrer au monde politique, pour obtenir la liberté, de la justice et du bonheur. N’oublions pas qu’un des textes fondateurs pour les républicains, pour le « parti » républicain qui l’a diffusé largement ; est le projet de Déclaration des Droits de l’Homme du 24 avril 1793 de Robespierre, qu’on avait retrouvé probablement à la lecture de la Conspiration des Égaux de Buonarroti et que Laponneraye publie en factum en août 1830 : en 1834 il en est déjà à sa 23e édition.


« Art. 14.  Le peuple est le souverain ; le gouvernement est son ouvrage et sa propriété ; les fonctionnaires publics sont ses commis. Le peuple peut, quand il lui plaît, changer son gouvernement et révoquer ses mandataires.
Art. 19. Dans tout état libre, la loi doit surtout défendre la liberté publique et individuelle contre l’autorité de ceux qui gouvernent. Toute institution qui ne suppose pas le peuple bon et le magistrat corruptible est vicieuse. » . Propos qui n’est peut-être pas sans écho contemporain.

 Dès 1789, on le sait, la mise en place d’une Assemblée « nationale » de représentants, d’une représentation politique dans la démocratie avait aussitôt suscité en bas son complément populaire et son contraire. On sait aussi qu’au pouvoir, Robespierre et les siens devront, au nom du salut public, éliminer cette encombrante démocratie populaire.
C’est donc le problème de la représentation politique qui se trouve posé ici, le problème de la démocratie « représentative » longuement traité par Pierre Rosanvallon dans Le Peuple introuvable …[9]. Rosanvallon démonte remarquablement les mécanismes historiques de « ce qu’il est convenu d’appeler l’actuelle crise de la représentation ». De même façon Michèle Riot-Sarcey analyse au XIXe siècle « la crise manifeste de la représentation politique », d’un « système qui a perdu le sens premier du mot démocratie pour ne s’attacher qu’à conserver le pouvoir de ses représentants ». [10]
P. Rosanvallon joue brillamment, non sans parfois quelque rhétorique, de l’équivoque du mot « peuple », de son « flottement sémantique ». Il pose, derrière ce mot unique, l’existence au fond de deux sortes de peuple : le peuple-principe, « peuple titulaire de la souveraineté, en son unité principielle » celui qui permet de fonder en droit la démocratie représentative, et le peuple-société « en sa complexité réelle », autrement dit le peuple très concret. [11] Perpétuellement en tension, ces deux peuples ne « fusionneraient » que dans ce qu’il appelle l’« incandescence de l’événement ». [12] 
La démocratie représentative suppose en effet un peuple abstrait, et muet. Et la question fondamentale que pose Rosanvallon est bien celle-ci : « Comment constituer le peuple et l’arracher à son abstraction instituante ? » Mais dans le chapitre qu’il intitule « Le temps de la séparation ouvrière », il limite étroitement, pour le premier XIXe siècle, l’étude du problème de la représentation « populaire » à celui, cependant bien distinct, de la « représentation des ouvriers », soulevé en effet dès les années 1830 par Jean Reynaud [13], et surtout en 1864 par le Manifeste des Soixante : c’est ce qu’il appelle (excessivement) le « moment ouvrier » du XIXe siècle. Ce n’est pas faux ; cela me paraît cependant insuffisant, s’agissant d’un problème qui est apparu concrètement avec les exigences d’autonomie des districts parisiens de 1790, puis des sections qui leur ont succédé, et les revendications exigeantes des sans-culottes.
Le peuple « concret », c’est vrai, et même le peuple parisien qui a été beaucoup étudié, n’est que difficilement saisissable, ne serait-ce que parce que nous ne le connaissons que par des sources insuffisantes, que nous n’entendons de lui que brièvement, parcellairement, un discours banal, incertain, rudimentaire, si l’on en croit par exemple ce qui se disait dans les clubs réellement populaires de 1871. Il balbutie malgré tout, et il a ses porte-parole, plus ou moins fiables. Un problème est donc de savoir comment, dans le peuple d’en bas, se sont répandus, par bribes, par réappropriation, certains éléments, des traces de savoir politique. On n’est certes pas proudhonien de stricte observance en bas, en 1871, mais Proudhon est pris absolument au pied de la lettre lorsqu’il avance que « La propriété c’est le vol », de même que le peuple des années 1830 avait emprunté aux saint-simoniens, en la déformant sensiblement, l’idée de « l’exploitation de l’homme par l’homme », celui de 1848 à Louis Blanc en le transformant radicalement le thème de l’« organisation du travail ». Quoi d’étonnant que soit prise à la lettre aussi l’affirmation de la « souveraineté du peuple » ? En vérité et surtout, en la matière, le peuple agit. Faut-il vraiment chercher comment, par quelles voies, la revendication de la démocratie directe s’est « transmise », depuis 1790 ou l’an II ? Au fond, ne pourrait-on dire qu’elle est en quelque sorte comme un degré premier, si l’on veut le degré zéro de la politique. Et cette revendication démocratique populaire n’est pas seulement « politique » ; elle ne peut que se prolonger indissociablement, s’épanouir en question « sociale », par la revendication qui la fonde de la libre égalité, de l’égale liberté.

P. Rosanvallon nous fait apercevoir l’« Incandescence » de l’événement, juillet 1830, février 1848, mais sans vraiment l’analyser. Incandescence, l’image est belle ; que vaut-elle ? L’idée peut, me semble-t-il, être reprise autrement que comme une figure tant soit peu rhétorique. C’est – et c’est pourquoi j’y insistais si longuement plus haut - dans l’éclat de l’événement-rupture, inattendu, surprenant, déstabilisateur de l’ordre établi, dans la révolte sociale radicale que le peuple se révèle. Proudhon, que cite d’ailleurs Rosanvallon, l’avait aperçu : « Le peuple n’a qu’une existence mystique ; il ne se manifeste qu’à de rares intervalles, à des époques prédestinées ! Mais le peuple n’est pas pour cela un fantôme, est quand il se lève, nul ne peut le méconnaître. Le Peuple s’est montré le 14 juillet, le 10 août, en 1830. »[14]
« Peuple introuvable », peuple muet. Il n’est muet en vérité, introuvable ou insaisissable que dans le cadre, dans les limites d’une histoire linéaire, continue, progressive, du politique et particulièrement de la démocratie dite représentative telle qu’elle s’exerce au XIXe et sans doute encore au aujourd’hui. [15] « La classe la plus nombreuse et la plus misérable » le peuple prolétaire, dominé, dénué de droits ou dépouillé de ses vrais droits, existent et se manifestent fort réellement, tout simplement en actes.
Juillet 1830, Février et Juin 1848, 18 mars 1871, c’est le peuple (concrètement, une partie du peuple, bien sûr) parisien dressé républicainement en armes le peuple citoyen et travailleur qui réclame ses droits, impatiemment : les prolétaires, « l’incarnation de l’impatience », écrit Michèle Riot-Sarcey.  On peut faire par exemple une utile comparaison entre ce qui s’est passé en Février-Juin1848 et ce qui se passe en 1871. Dans les deux cas, la République est enfin advenue. La République, cette forme devenue en France historiquement nécessaire. Forme positive, et je ne suis pas de ceux qui parlent péjorativement de République « formelle » ou de « républicains formalistes » : ce serait trop simple. Il reste qu’il devient vite clair, après février 1848, que cette « forme », qui devait ou devrait le faire, ne répond pas vraiment à toutes les attentes du peuple.
En février 1848 s’est instaurée la République démocratique, avec le suffrage universel (masculin) qui fait de tous – en principe – des citoyens. Mais cette république – ce n’est que trop évident à partir des élections du 23 avril, n’est que la république « représentative », la république du citoyen « abstrait », celui que nous ont fait découvrir les travaux récents d’histoire politique, ceux notamment de P. Rosanvallon. [16] Il est vite clair que cette République « abstraite » ne « représente » pas le peuple travailleur, celui qui s’était engagé dans la Révolution de Février. Elle n’a pas su, ni pu satisfaire ses aspirations, qu’il formule en termes de « droit au travail », d’« organisation du travail », termes repris par les ouvriers à leur compte, les empruntant aux fouriéristes ou à Louis Blanc, se les réappropriant à leur manière.
Dans le peuple qui s’insurge, on ne peut manquer d’apercevoir l’espoir, au moins obscurément formulé, d’une République qui soit celle de tous (et toutes), et agisse d’abord dans l’intérêt de ceux qui, par leur travail, donnent sa vraie assise à la société. République réellement démocratique, où le citoyen participerait pour de bon au pouvoir, ne serait pas seulement « représenté » par des élus lointains qui refusent, ou sont incapables de les entendre ; une république réellement démocratique et réellement sociale. Cela se dira aussi bien par la formule brutale « du travail ou du plomb ! », par celle, vague, de « gouvernement des ouvriers », ou par celle de « République démocratique et sociale ». « Citoyens songez que vous êtes souverains », dit une proclamation rédigée probablement sur une barricade, au nom du « poste des insurgés de mairie du VIIIe arrondissement » :


« Nous (...) demandons :
Une République démocratique et sociale.
L’association libre du travail, aidée par l’État.
La mise en accusation des Représentants du peuple et des Ministres, et l’arrestation immédiate de la Commission exécutive [...]. Citoyens, songez que vous êtes souverains (...). » [17]

Tel insurgé répond à son juge : « J’ai crié « Vive la République démocratique et sociale » parce que j’ai cru que c’est celle-là qu’il nous fallait, la République démocratique et sociale ayant été proclamée sur les barricades de février. » [18]  Tel autre, interrogé sur le sens qu’il donne à la formule « République démocratique et sociale, précise qu’il entend:  « par démocratique que tous les citoyens soient électeurs et par sociale qu’il soit permis à tous les citoyens de s’associer pour le travail ». [19] Suffrage universel, mais aussi, surtout revendication du droit au travail, de l’organisation du travail et surtout des travailleurs, bref de la vraie liberté, la vraie égalité, de la démocratie vraie.

Et déjà en 1850 et 1851 apparaît, sous des plumes qui ne sont évidemment pas prolétaires, l’idée d’un « gouvernement direct » de la République, qui n’est assurément pas sans rapport avec la Commune à venir. Des communistes « utopistes » y ont d’ailleurs mis la main, dont l’ouvrier en soie lyonnais Joseph Benoît. [20]  L’« utopiste » Victor Considérant formulait au même moment une idée analogue dans La Solution, ou le gouvernement direct du Peuple ; et dans Le socialisme devant le vieux monde, prédisait : « […] La Révolution sera en permanence jusqu’à l’entrée en voie d’organisation d’une société capable de substituer de la base au sommet, de la commune à l’État, de l’État à la grande famille (l’Humanité) confédérée, l’association au morcellement, l’accord à la lutte, la paix à la guerre, la liberté de tous à l’esclavage du grand nombre, la richesse générale enfin à tous les degrés de la misère y compris la misère des égoïstes et même celle des bons riches. (…) Le temps du grand phénomène palingénésique de la rénovation du vieux monde a sonné… ». Tout cela n’est pas sans écho en bas, comme le notait alors Pauline Roland : « La question du gouvernement direct [...] fait des progrès dans les ateliers. Cette question m’occupe personnellement au plus haut point, et je ne suis contente ni de Rittinghausen, ni de Considérant, ni de Louis Blanc, bien moins encore de Ledru-Rollin, Girardin [...] qui n’y voient qu’une réclame électorale. Je mets à part les travaux de la Feuille du peuple et par conséquent la brochure de Renouvier et Fauvety publiée [...] sous le titre gouvernement direct, organisation communale et centrale de la république. Lisez cela et faites la lire à nos amis. Ce n’est pas parmi les bourgeois qu’il importe le plus de répandre la vérité, mais parmi nous autres prolétaires, en qui réside la force. »[21] L’utopie rejoint dès la réalité.

Quoiqu’on n’ait guère eu le temps de passer à une mise en œuvre, on retrouve en 1871 les mêmes problèmes, avec une autre coloration, cette fois par exemple plus patriotique, du fait des événements, et surtout sensiblement plus « libertaire ». Plus largement aussi, puisque c’est non seulement le contenu vraiment démocratique et social de la République, mais la République même qui est en question.

Le communard, l’insurgé de Juin, se veulent citoyens. Citoyens travailleurs. Le travail, c’est sans doute ce qui définit le « Peuple » au premier chef, tout au long du premier XIXe siècle. Depuis 1830 ou 1840, le « travailleur » éclairé - et l’on est de plus en plus éclairé dans le Paris populaire, qui ne fait somme toute qu’écouter ceux qui, depuis la fin du XVIIIe siècle, économistes, moralistes, philanthropes, ont propagé l’idée que le travail est source de toute valeur - a repris celle-ci à son compte et l’a retournée contre ses inventeurs. C’est devenu le fondement de ce qu’on peut oser appeler une « éthique » populaire du travail. « Nous sommes de l’avis du grand philosophe Rousseau, nous pensons que tous les hommes devraient connaître un métier [...]. Un métier, c’est la colonne vertébrale de la dignité » écrit Denis Poulot dans Le Sublime, en 1863. « Le peuple, ce roi du devoir et du droit, du combat et du travail [...]. Le peuple qui produit, qui se marie, qui élève, qui nourrit. »[22] « Je me crois un travailleur », écrit en 1869 Napoléon Gaillard, le cordonnier barricadier de la Commune, « artiste chaussurier » comme il aime à se présenter, « et quoique faisant des chaussures, j’ai droit au respect des hommes autant que ceux qui croient travailler en tenant une plume. »[23] Il dit encore dans une réunion populaire : « Citoyens, je suis travailleur, le travail est le seul bonheur de l’homme ; ceux qui ne travaillent pas sont les plus misérables de la terre… Pour faire monter le pauvre, il faut abaisser le riche. Il ne faut pas démolir l’intérêt, mais le capital tout entier ; que ceux qui ne travaillent pas ne dévorent pas ceux qui travaillent. […] Il conclut en disant que le travail doit être tout en non l’argent. Il faut […] que le producteur soit tout. »

Citoyens travailleurs armés, en armes ; car là est le vrai droit à la résistance à l’oppression, le « droit à l’insurrection ». [24] Pacifiques et soucieux d’un « droit » pacifiant que nous sommes devenus, nous ne sommes que trop portés à négliger ce fait que, depuis la Révolution, et c’est le cas encore en1830, en février et juin 1848, en 1871, l’affirmation de la citoyenneté ne va pas sans l’arme, la pique du sans-culotte ou le fusil du Garde national. Armé, le citoyen travailleur réclame, exige qu’on aille jusqu’au bout de la logique politique, c’est-à-dire jusqu’au bout de ses droits. Passé février 1848 ou passé février 1871, on pouvait dire, ou lui faire dire : « Laissons le fusil, et reprenons l’outil ». Mais les fusils restent toujours à portée de main : en 1871 la Garde nationale a conservé les siens.
Ce n’est pas une République abstraite qu’on revendique. Mais la vraie démocratie, désormais la « bonne », la « vraie » République, démocratique et sociale. Celle qui assure à tous et toutes le mieux être et le bonheur.

Par cette mise en question, ce questionnement de la démocratie, ne se voit-on pas ramené à une évidente « modernité » de la Commune ? Ne reconnaissons-nous pas là des problèmes fort contemporains, toujours posés. Qu’est-ce aujourd’hui que la souveraineté du peuple ? [25] L’actuelle démocratie des « capacités » pourrait bien être considérée comme quelque peu saint-simonienne, élitiste, et il est toujours des dominés et des exclus de la politique. Qui ne le voit aujourd’hui alors que se pose vigoureusement, entre bien d’autres, le problème du droit politique des femmes ? Et la belle phrase républicaine de Gambetta n’est-elle pas toujours d’actualité ? « Mon problème n’est pas de reconnaître des égaux, mais d’en faire ».

Sans parler d’un autre et dernier problème. Lorsque les Communards plaçaient la République au-dessus du suffrage universel, ne posaient-ils pas en somme le problème de l’unanimité républicaine, de la République une et indivisible, autrement dit de l’intérêt général, face à la « démocratie consensuelle » que paraît exiger dès 1875/1879 la stabilité du nouveau régime ? Il y a bien quelque contradiction forte entre la République « absolue », pour reprendre le terme d’Odile Rudelle, et la démocratie. Perpétuelle tension, mais n’est-elle pas aussi bien fructueuse ?
On peut bien alors en revenir aux interrogations de l’« utopiste » P. Leroux, Leroux, le premier qui ait, comme il le dit, tenté de concilier le socialisme et la République, rentré inaperçu en France en 1867, mort précisément en 1871 : « Le problème est d’accorder par une synthèse véritable la liberté, la fraternité et l’égalité. » [26] ; rechercher et enfin trouver « la société où seront véritablement réalisés les augustes termes de l’immortelle devise de nos pères : liberté, fraternité, égalité ». [27] Entre ce qu’il appelle l’individualisme et le socialisme, qui sont chacun des positions excessives, ne pas sacrifier l’individu à la société, ni l’inverse. La tâche est difficile : « rêve non réalisé, mais non pas irréalisable », comme disait Déjacque ?

Questionnement de la démocratie ; démocratie représentative et souveraineté réelle du peuple. Recherchant historiquement ce que Claude Lefort appelle si bien « l’idée libertaire de la démocratie », tout comme quêtant politiquement une démocratie qui ne soit pas « imparfaite », ou seulement « consensuelle », « d’équilibre »,[28] n’est-on pas toujours quelque peu dans le domaine de l’utopie ?



[1]  Joseph Déjacque, À bas les chefs !, Éditions Champ libre, 1970. « J’ai la nostalgie, non pas du pays où je suis né, mais du pays que je n’ai encore entrevu qu’en rêve, la terre promise, la terre de liberté au-delà de la mer rouge … » Déjacque, Lettre à Vésinier, 1867.

[2] Voir sur l’utopie et son sens le remarquable texte de Miguel Abensour, « L'Histoire de l'utopie et le destin de sa critique », Textures, n°6/7, 1973.

[3]  Voir sur ce point les fortes pages de Michèle Riot-Sarcey dans Le réel de l’utopie, Essais sur le politique au XIXe siècle, Bibliothèque Albin Michel Histoire, 1998, livre auquel les présentes réflexions doivent énormément.

[4]  Sur la difficulté, et même l’impossibilité du « vrai » témoignage, voir Christine Planté, « Le récit impossible : Malvina Blanchecotte, Tablettes d’une femme pendant la Commune », Écrire la Commune, Témoignages, récits, roman (1871-1931), études critiques recueillies et présentées par Roger Bellet et Philippe Régnier, du Lérot, 1994. Christine Planté a édité et présenté récemment ces Tablettes…, du Lérot, 1996.

[5]  Voir D. Mollenhauer, « A la recherche de la « vraie République » : quelques jalons pour une histoire du radicalisme des débuts de la Troisième République » ; Revue historique, juillet septembre 196968, n 607, p. 579-615.

[6] Comme faisait Charles Rihs, La Commune de Paris 1871, sa structure et des doctrines, Seuil, L’Univers historique, 1973

[7] A. Decouflé, La Commune de Paris (1871), Révolution populaire et pouvoir révolutionnaire, Éd. Cujas, 1969 ; Henri Lefebvre, La Proclamation de la Commune, Gallimard, 1971.

[8] Telle que la décrit M. Genty dans L‘Apprentissage de la citoyenneté. Paris 1789-1795, Messidor, 1987. On se référera naturellement aussi aux Sans-Culottes d’A. Soboul.

[9] Pierre Rosanvallon, Le Peuple introuvable, Histoire de la représentation démocratique en France, Gallimard, Bibliothèque des histoires, 1998. Problème qui a été également largement traité au cours du colloque d’Albi en 1994, Démocratie et Représentation, édité sous la responsabilité de Michèle Riot-Sarcey, Éditions Kimè, 1994.

[10]  Michèle Riot-Sarcey, Le réel de l’utopie, op. cit.

[11] « D'où aussi le caractère que l'on pourrait qualifier de schizophrénique de l'identité politique moderne : elle est écartelée entre la diversité pratique du corps social et l'unité politique que le processus représentatif a pour charge de produire. » P. Rosanvallon, op. cit., p. 40.

[12] P. Rosanvallon, op. cit., p. 40-41. On pardonnera la longueur de cette citation, indispensable à la compréhension de la réflexion critique que je tente ici. « Le peuple est dans cette mesure toujours marqué par une tension interne. […] Tension entre un principe juridique et un principe sociologique qui est en même temps distance nécessaire entre la réalité et sa figuration. […] Il faut l'incandescence de l'événement pour que cette tension paraisse se résorber. Lorsqu'on célèbre en 1789 le peuple ou la nation, […] ce n'est pas à une réalité d'ordre sociologique que l'on se réfère, mais à une force historique et politique ; s'opère alors une véritable métallurgie de l'événement : c'est en son foyer que le peuple se révèle, qu'il sort de l'ambiguïté et de l'obscurité pour devenir pure positivité, puissance pratique. Coïncident du même coup l'ordre du visible et l'ordre du symbolique Ie concept se fait chair dans l'action. Le peuple-événement résout ainsi pour un temps l'aporie constitutive de la représentation. Dans l'action, indissociablement vécue et racontée, le peuple s'affirme par ce qu'il fait bouger ; les questions d'ordre sociologique s'effacent alors derrière l'évidence des comportements et des forces en mouvement. C'est en grande partie ce qui explique que la crise de la représentation ne se soit pas exacerbée pendant la Révolution française : la visibilité du peuple-acteur, dans les tumultes de la rue comme dans les sages rassemblements des fêtes patriotiques, offrait périodiquement l'occasion de racheter les apparences de la distance entre les représentants et les représentés. Cette présence évidente du peuple-événement est aussi ce qui donne leur tonalité si particulière aux journées de juillet 1830 ou de février 1848, entraînant le sentiment d'une résorption de toutes les distinctions dans l'action d'un peuple Un, parfaite incarnation de son concept en effet harmonieusement, faisant rejoindre la réalité et sa représentation. »

[13] Jean Reynaud, « De la nécessité d’une représentation spéciale des prolétaires », Revue Encyclopédique, avril 1832. Le problème s’est aussi bien posé à la Commission du Luxembourg en 1848, et s’est soldé électoralement par un grave échec. Voir sur ce point les remarquables analyses du journal ouvrier L’Atelier qui en critique vigoureusement l’idée.

[14] Solution du problème social, p. 44. Cité par Rosanvallon, op. cit., p. 59.

[15] C’est le caractère que ne peut que revêtir une « histoire intellectuelle du politique ». Je renvoie ici, pour la critique radicale de cette histoire linéaire et une approche forte et neuve de la notion d’événement à Michèle Riot-Sarcey, Le réel de l’utopie, Essai sur le politique au XIXe siècle, op. cit., tout spécialement l’Introduction, et le chapitre « Penser le politique ».

[16] Pierre Rosanvallon, Le Sacre du citoyen, Histoire du suffrage universel en France, Paris, Gallimard, 1992.

[17] Proclamation « Au nom du Peuple souverain », Curiosités révolutionnaires, Les Affiches rouges, ... par un Girondin, Paris, 1851, p. 260.

[18]  Déclaration de l’« insurgé » Demaison, ouvrier typographe du quartier Saint-Jacques, SHAT, A 6.684.

[19]  Rémi Gossez, Les ouvriers de Paris, p. 9.

[20] Gouvernement direct. Organisation communale et centrale de la République. Projet présenté à la Nation pour l'organisation de la Commune, de l'Enseignement, de la Force publique, de la Justice, des Finances, de l'État, par les citoyens H. Bellouard, Benoît du Rhône, F. Charassin, A. Chouippe, Erdan, C. Fauvety, Gilardeau, C. Renouvier. J. Sergent, etc., Paris, Librairie républicaine de la Liberté de penser, 1851, in-8, 461 pp.

[21] Lettre autographe de Pauline Roland à Tremblay, 23 mai 1851, citée par M. Riot-Sarcey, Le Réel de l’Utopie, op. cit., p. 297.  Rittinghausen est l’auteur de La législation directe par le Peuple, ouvrage publié en 1851, mais paru déjà dans La Démocratie pacifique, septembre 1850, mai et novembre 1851. Le Gouvernement direct de Considérant paraît en décembre 1850, et Ledru-Rollin en exil à Londres publie en février 1851Plus de Gouvernement, Plus de Représentants. Enfin, Émile de Girardin enfin, dans son journal La Presse, patronne pour l’élection à la présidence de la république qui doit avoir lieu en décembre, la candidature ouvrière du député-maçon Martin Nadaud.

[22] Le Vengeur, 29 avril 1871.

[23] Napoléon Gaillard, lettre du 20 janvier 1869 à Vermorel du Réveil.

[24]  Qui est dans toutes les constitutions révolutionnaires depuis celle de l’an II, mais non dans celle de 1848 ou celle de 1958. À noter que la constitution de 1946, dans son article 46, accorde que « Quand le gouvernement viole les libertés et les droits garantis par la Constitution, la résistance sous toutes ses formes est le plus sacré des droits et le plus impérieux des devoirs. » Souvenir évident de la Résistance.

[25]  Constitution de 1848 « La souveraineté réside dans l’universalité des citoyens français. – Elle est inaliénable et imprescriptible. – Aucun individu, aucune fraction du peuple ne peut s’en attribuer l’exercice. Et de même la Constitution de 1948, article 43 : « La souveraineté appartient au peuple. Elle s’exerce conformément à la Constitution. En revanche, dans son article 3, la Constitution de 1958 ne parle plus que de « souveraineté nationale (qui) appartient au peuple, qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum », tout en ajoutant cependant rituellement « Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice ».

[26] P. Leroux, D’une religion nationale ou du culte.

[27]  P. Leroux, Discours aux politiques.

[28] Cf. P. Rosanvallon, Le Peuple introuvable, op. cit. Voir notamment l’introduction : « Malaise dans la démocratie », et le chapitre IX de la deuxième partie : « La démocratie imparfaite ».


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