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Mise en perspective 2011

 

Exposé introductif, colloque de Narbonne, 24-26 mars 2011 ; Regards sur la Commune de 1871 en France. Nouvelles approches et perspectives.



Je n’ai pas l’intention de vous infliger une fastidieuse bibliographie commentée. Une recension des travaux d’importance publiés récemment serait de toute façon plutôt courte.[1]


Entre livres et colloques[2], peut-être sommes-nous trop en un moment de capitalisation et de vulgarisation (au sens honorable du terme) des connaissances, plutôt que d’élargissement et de consolidation par la recherche. Il est vrai que le vieux Parisien que je suis, si attentif qu’il souhaite être, n’est pas toujours au courant des travaux qui se font en province.

La dernière mise au point d’ensemble est celle en 2005  de David Shafer [3], avec un chapitre spécial consacré aux femmes, un autre, contestable consacré à la « culture » sous la Commune. Le livre se situe plutôt, à l’ancienne, dans la perspective d’une histoire « d’en haut ».

La meilleure mise au point actuelle reste probablement celle de Robert Tombs,The Paris Commune, 1999.[4] Ajoutons, toute neuve, une œuvre que je dirais d’histoire vivante, donc  rafraîchissante : La Commune racontée par ceux qui l’ont vécue de Laure Godineau.[5]

 Gonzalo Sanchez a publié une remarquable étude de la Fédération  des artistes, prolongée en aval jusqu’en 1889.[6]

Peut-être discutable dans le choix de ses sources, le livre de Colette Wilson, La politique de l’oubli,[7] offre une excellente première approche de l’immédiat après-Commune.


J’en viens à quelques questions qui me semblent d’importance.


Nous nous flattons, à bon droit, d’avoir eu, avec Lissagaray, dès 1876, le premier historien de la Commune.[8] Ce que je veux souligner ici, c’est que nous nous sommes peut-être trop reposés sur ce laurier ; d’où, trop souvent, et ce depuis longtemps,une regrettable méconnaissance chez les chercheurs français des travaux étrangers.

La première histoire vraiment rajeunie de la Commune a été celle en 1971  de l’historien anglais Stewart Edwards, The Paris Commune.[9]

J’ai critiqué en son temps l’interprétation marxiste classique des historiens soviétiques. Reste que l’œuvre collective dirigée par E. A. Jeloubovskaia, La Commune de Paris, 1961, incomplètement traduite en Français, n’en est pas moins un monument, riche d’importants développements, qui s’appuie sur des archives inédites de l’Institut de Marxisme-Léninisme ou de l’Académie des sciences de l’URSS.[10] Tout aussi bien, nous ignorons en France les premiers travaux de l’historien russe Molok, en 1925 et 1927,[11] de Franck Jellinek  en 1937.[12] celui


Les récents livres de Robert Tombs (et de quelques autres) viennent nous rappeler que les progrès de l’histoire de la Commune, en matière de recherche, peut-être surtout en matière de problématique, se sont faits souvent – je n’ose pas dire essentiellement - outre-manche ou outre-atlantique.


J’en viens aux problèmes actuels soulevés précisément par quelques livres étrangers.

Je fais retour sur un livre que nous avons critiqué, Robert Tombs et moi, celui du sociologue américain Roger V. Gould qui tentait en 1995, dans Insurgent Identities,[13] [14] de répondre à l’ambitieuse question : qu’est-ce qui fait l’identité révolutionnaire des Communards, quel est le sens réel de leur insurrection, notamment quand on la compare à celle de Juin 1848 ?

Pour l’auteur, contrairement à Juin 1848, qui aurait été « de classe », la Commune est un mouvement d’hommes fortement liés par des relations de voisinage, non de travail, dans la population que les travaux d’Haussmann ont refoulée à la périphérie de la ville, et qui s’insurge contre la chape despotique que lui impose l’Empire. L’hypothèse, intéressante – c’est ce que j’avais appelé, après Henri Lefèvre, la reconquête de la Ville par la Ville  –, est cependant insuffisante. Tout comme 1848 vu à travers Juin,1871 est tout aussi bien aussi revendication populaire, d’une République démocratique et sociale.

Je privilégierai un important travail, sur un aspect du mouvement populaire qui n’a jamais été traité que partiellement, celui de Martin P. Johnson, The Paradise of Association.[15] Il se veut une suite aux ouvrages sur les réunions populaires de Dalotel, Faure et Freïermuth, et de Robert Wolfe sur les réunions populaires de  1868 à 1871.[16]

On a travaillé à partir des  textes et des archives du Comité central des Vingt arrondissements[17] sans s’intéresser vraiment aux comités locaux dont il était l’émanation. En voici une étude, ainsi que des clubs qui en dépendent. L’auteur analyse le rôle réel qu’a joué dans l’insurrection le Comité des Vingt arrondissements. C’est lui dont les comités d’arrondissement ont fait la campagne pour les élections du 26 mars [18] ; ce sont ses élus qui, majoritairement, vont constituer le personnel de la Commune.

Plusieurs remarques cependant :

Johnson nous offre en réalité plus une nomenclature des comités d’arrondissement qu’une étude approfondie de leur travail, tout particulièrement pendant le Siège, rapidement traité. Or pareille étude est désormais possible grâce au Fonds Granger des Archives de Paris[19] ou aux papiers du typographe Joseph Mairet, aux mêmes archives, ainsi qu’à un dépouillement long mais fructueux de la presse du Siège (notamment le Rappel, la Patrie en Danger …).

L’auteur croit pouvoir montrer l’émergence, fin février 1871, d’un « parti socialiste révolutionnaire », en s’appuyant sur la déclaration du 19 février de la Délégation des Vingt arrondissements et ses résolutions du 23 appelant les comités locaux à déclarer leur allégeance à ce qu’elle nomme en effet « parti socialiste révolutionnaire ». Mais le Comité des Vingt arrondissements, exténué depuis l’échec de la  tentative du 22 janvier, pas plus que ses organisations locales n’ont alors suffisamment de force pour le réaliser. Le texte même de la Déclaration n’est pas même une affiche, comme il est d’usage, mais une médiocre feuille mal multigraphiée, ce qui en dit long sur la pauvreté des ressources de ce qui n’est plus qu’une collection dispersée de militants révolutionnaires.

L’auteur est entraîné à un surprenant court-circuit : ce serait ce parti qui a « fait » la Commune. Le rôle pourtant décisif de l’autre comité central, celui de la Garde nationale, parfois, mais très partiellement, noyauté par les Vingt arrondissements, est escamoté en quelques lignes.

Ceux – en réalité très divers - qui avaient été des Vingt arrondissements ont bien gagné les élections du 26 mars et pratiquement dominé l’Assemblée communale, mais les comités locaux ont eu pour leur part à composer, et ce fut l’occasion de graves conflits, avec les comités parallèles de la Fédération de la Garde.

Une confusion d’autre part est faite entre l’activité des  clubs et celles des comités. Les clubs peuvent être l’émanation directe des seconds ; mais les premiers libèrent une parole populaire souvent sommaire, les seconds s’occupent à la gestion quotidienne des arrondissements ; certains, celui  du XIe, celui du IIIe ont des programmes sérieusement élaborés.

Johnson définit les « composants de la culture des clubs » : anticléricalisme, violence, au moins verbale, désir – en fait jamais réalisé – de contrôler les actes de l’Assemblée communale. C’est court de souffle, ne serait-ce que du fait de la pauvreté des sources. Mais rappelons qu’un Malon, comme bien d’autres, est très réticent à propos de la politique des clubs. « Là s’était conservée avec sa passion puissante et son étroitesse théorique l’idée jacobine, à peu près bannie des sociétés ouvrières. » Il regrette « ce flot de radicalisme outré ».[20] C’est aussi que la réalité quotidienne est souvent de médiocre intérêt : on se livre dans les clubs à des déclarations d’une violence excessive à des querelles de personnes, de bataillons, souvent sans grand intérêt …

Étudier – c’est différent - l’œuvre des comités locaux peut se révéler décevante : ce n’est jamais que de la – bonne ou mauvaise – classique administration municipale républicaine, mais c’est là que s’est vraiment réalisée l’œuvre de la Commune.

Il faut une recherche historique minutieuse de l’histoire qui se fait au niveau des arrondissements. À l’IHES, j’en avais, au début des années soixante-dix, fait amorcer l’étude par plusieurs étudiants séduits, au lendemain de 1868, par l’histoire de la Commune.[21] R. Tombs a esquissé celle  d’un arrondissement « bourgeois », le IIe[22]. Ce qui existe est sans nul doute à mettre à jour, en tout cas à compléter, en fonction des nouvelles archives accessibles aux Archives de Paris.[23]

Il nous manque une histoire approfondie  de la Garde nationale.
La thèse de l’historienne anglaise Dale Clifford, non publiée, reste une histoire des organisations plus que l’histoire humaine et quotidienne de la garde.[24] A citer encore le rapide survol de la question par l’historienne canadienne Lisa Goodyer :  « Que l'on soit toujours citoyen et soldat » : Représentations de la Garde nationale sous la Commune de Paris de 1871.[25] Au moins souligne-t-elle l’importance des querelles entre comités que j’évoquais, à partir d’un document du SHAT, le rapport de la séance tenue au siège de la XVIIe légion par des représentants des arrondissements, faisant état de la situation de leurs comités et des difficultés qu’ils rencontrent avec les autres organisations.[26]
Je note en revanche l’importance du travail exemplaire de P.-H Zaidman sur Emile Duval.[27] Ce n’est pas, en dépit d’un titre accrocheur, une biographie héroïque, mais une mise au point très neuve sur la situation dans le XIIIe arrondissement, de février à la mort de Duval, le 4 avril.
Restent bien des questions, et par exemple celle-ci, posée par la « réactionnaire » Gazette de France du 20 mars : on « ne peut […] laisser passer sous silence cette affirmation que le Comité central est l’expression de deux cent quinze bataillons.[…] Qu’on produise la preuve du vote : les procès-verbaux. » On parle en effet toujours du Comité central, jamais de l’organisation fédérative des bataillons. Il existe au SHAT un registre[28] où sont relevés noms et adresses des délégués de compagnie des bataillons, il n’est malheureusement pas indiqué à quelle date. Approximativement, me fiant aux différences d’écriture, je n’arrive qu’à une estimation en mars de 195 bataillons et 1.054 délégués, en avril 210 et 1.342. J’ai retrouvé les coordonnées et professions de nombre de délégués en dépouillant les listes électorales où beaucoup continuent d’apparaître. C’est à confronter avec les archives abondantes des bataillons également conservées au SHAT.On doit aussi bien tirer  au clair l’affirmation de Rossel : « Il y avait dans Paris, au 18 mars (c’est un compte dont je jais l’exactitude), soixante bataillons révolutionnaires ; il y avait quatre-vingt-dix bataillons entièrement conservateurs. Le reste était partagé et incapable d’avoir une action décisive. »
Il ne s’agit plus de faire l’histoire d’un Comité central trop connu. Il faut envisager de faire, par légions d’arrondissement, l’histoire des bataillons :  leur composition, leurs cadres, leurs délégués, leurs réfractaires, leur engagement militaire.[29] Leur désordre aussi : Camille Pelletan, dans Questions d’histoire, relève cruellement que « Chaque compagnie de bataillon avait fini par constituer «  une petite république indépendante », en réalité fort anarchique, agissant à son gré, élisant tel comme officier sur sa bonne mine, puis le révoquant. »[30]

En matière d’histoire des femmes en 1871,il y a abondance, je dirais presque surabondance, sans qu’on nous apporte,me semble-t-il, quelque chose de réellement neuf. C’est toujours histoire d’héroïnes. Beaucoup manquent qui mériteraient d’en être : Anna Jaclard, active dans le XVIIIe arrondissement, Victoire Tinayre, qui fit œuvre d’éducation et d’assistance dans le XIIe arrondissement, où elle eut de graves démêlés avec le très médiocre dirigeant du comité d’arrondissement, Ambroise Lyaz.[31] Il y a trop à mon goût de Louise Michel ou d’Elisabeth Dimitrieff, pas assez de Nathalie Lemel.[32] Les femmes du commun sont négligées au profit de quelques figure marquantes. J’ai tenté de retrouver quelques-uns de ces destins populaires dans un chapitre de l Encyclopédie politique historique des Femmes.[33]

L’histoire de l’Union des femmes est maintenant bien connue.[34] Bien moins celle des autres organisations féminines, notamment d’éducation, ou celle du Comité de la rue d’Arras organisé par Jules Allix pendant le siège, qui se réclamait de 160 comités, 1.800 adhérentes, et dont beaucoup des membres de l’Union des Femmes sont issues. Edith Thomas en avait bien vu l’importance dans Les Pétroleuses[35] et avait largement abordé bien des questions qu’on croit aujourd’hui découvrir.

Je mets à part, comme relevant d’une intéressante histoire des représentations et d’une problématique du « genre » l’ouvrage  de Gay Gullickson sur « les femmes rebelles » de Paris.[36] Je n’ai pu prendre connaissance de la thèse de Pamela Joan Stewart Invisible Revolutions, Women’sparticipation in the 1871 Paris Commune. Sa communication est malheureusement réduite au seul public américain.[37]

 

Il reste enfin à faire bien des choses sur la Province. Je rappelle ici encore le travail initié par l’Institut d’Histoire économique et sociale de Paris-I, à partir des documents provinciaux réunis dans les cartons de la série C des Archives nationales[38], qui ont été à la base des deux enquêtes, sur le 18 mars et sur les actes du gouvernement de la défense nationale. Ce n’était qu’une première approche, qui se voulait incitation à un élargissement des recherches. 

 

Sur Lyon, avant l’ouvrage de 1973 de Moissonnier sur la Première Internationale et la Commune à Lyon[39], l’historien américain Julian Archer avait en 1970 soutenu à l’Université du Wisconsin une thèse considérable, à peu près sous le même titre, dont nous ne connaissons que des fragments prometteurs, publiés dans plusieurs revues. [40]

 

Je note un travail tout récent de  Rémy Galinat sur la presse lyonnaise pendant la Commune[41]. Il est imparfait, forcément incomplet : quatre journaux seulement ont  été dépouillés.[42] Ne peut-il suggérer cependant qu’on se pose de même façon  la question de l’opinion réelle à Paris en 1870/1871, notamment à travers la presse. Des journaux non-communards ou anti-communards ont continué à paraître en dépit de la censure, au moins jusqu’au 16 mai :  Le Temps, Le Siècle, Le National…[43] On m’objectera que les journaux ne reflètent ni ne font réellement l’opinion. Dans ce cas, ce serait vrai aussi des journaux communalistes dont nous usons sans nous poser de problème.[44] Il n’y a d’ailleurs pas que la presse qui permette cette étude. Il existe une foule de Souvenirs, Impressions … de témoins, sans parler des textes ignorés conservés dans les archives familiales, qui verront peut-être le jour.[45]

 

Dans un travail qui est une leçon de méthode, Ballots and Barricades,[46] Ronald Aminzade étudie sur une longue durée qui  conduit aux événements de 1871, le jeu subtil à Toulouse, Rouen, Saint-Étienne, des alliances municipales entre conservateurs, républicains modérés et républicains radicaux, ou socialisants. Ce qui se passe en 1871 s’explique à la fois par les situations locales et par l’amont historique : alliance à Toulouse des radicaux et des socialistes ; relations tendues entre ceux-ci à Saint Etienne ; à Rouen, alliance conservateurs républicains libéraux contre la gauche.

 

Au total, nous connaissons bien désormais Lyon, Narbonne, le Nîmes de Raymond Huard qui a fait récemment le point sur la situation dans la France méridionale et dont les conclusions rejoignent celles d’Aminzade.[47] Il me semble que l’on n’a guère fait de progrès sur l’histoire de la Commune de Marseille depuis Olivesi.[48] Jacques Girault dans un travail modèle a radicalement renouvelé son étude de 1971 sur Bordeaux. [49] [50] Cela ne taille encore pas assez large. On n’a pas ou peu d’histoire des innombrables comités républicains ou de défense patriotique qui se sont formés partout, jusque dans certains villages, à partir de septembre 1870. Pas d’histoire d’ensemble des élections municipales du 30 avril Rien sur les gardes nationales locales et leur composition ou leurs prises de positions. Si peu sur les « ligues ». 

Dans la petite ville de  Mantes, le 28 avril, les délégués de la Garde nationale ont rédigé la proclamation suivante : « Le principe fédéral que Paris soutient de toute son âme et de toute son énergie est le nôtre ; nous aussi nous voulons rompre avec les anciennes traditions unitaires et centralisatrices incompatibles avec la République, persuadés qu’une nation ne possèdera la liberté de fait que le jour où  elle sera fédération communale. La véritable unité française n’est plus possible qu’à ce prix. »

 

Il existe de nombreux travaux particuliers, que rien n’empêche de vérifier et de consolider, éventuellement de contredire. Manque une vue d’ensemble, amorcée par le livre important mais critiquable de Greenberg, Sisters of Liberty.[51] Ne s’appuyant que sur les cas de Lyon et de Marseille, fort différents, il croit pouvoir poser l’existence d’un authentique mouvement décentralisateur voire d’un fédéralisme français.Une véritable vue d’ensemble n’est possible qu’au prix d’un grand défrichement. 

On n’a jamais fait de réel examen historique du développement de l’idée de Commune qui ne surgit pas brusquement en 1871. On s’en tient à ses origines idéologiques proudhoniennes et au rappel de la lointaine Commune de 1792/3. Son histoire est bien plus vaste et plus complexe.

 

L’idée d’organisation communale de la France est née, je m’en suis déjà expliqué, au sein du socialisme et du communisme mal dit « utopiques », avec Dezamy, et surtout Constantin  Pecqueur. Puis, en 1850 et 1851, la « vraie République » étant à construire, apparaît le projet d’une organisation communale et d’un gouvernement direct de la République.[52]. J’ajoute ici qu’Il faut compter encore avec les fouriéristes, qui imaginent en somme un phalanstère élargi. Jules Alix a conçu le projet d’une « Commune sociale » qu’il a développé dans les réunions publiques de 1869, expliqué dans plusieurs brochures ou articles de journaux, notamment la Réforme, ou le Rappel.

J’ai retrouvé, tout à fait par hasard le texte en 1871 d’un saint-simonien, Mémoire sur l’établissement de la République fédérale en France[53]. Il s’agit de l’ingénieur Louis Aimé Thomé de Gamond, un  des pionniers de l’idée d’un tunnel sous la Manche.

Jean-Baptiste Millière avait été l’auteur en 1851 d’un opuscule : Constitution de la démocratie ou le gouvernement direct du peuple par lui-même.[54] Il se penche de nouveau, sur un système possible de République communale dans une longue suite  d’articles dans la Marseillaise en 1869 et 1870 : « La question sociale ». [55] Il peut être bon de le relire pour mieux comprendre ce qui peut paraître confus dans la Déclaration de la Commune au Peuple français du 19 avril.

L’idée d‘une organisation communale politique et sociale de la République est assurément dans l’air.

 

J’en termine et n’y voyez pas une proposition scandaleusement hérétique. Robert Tombs nous a donné fort à propos, car c’était un des côtés de l’histoire que nous, Français, avions étonnamment laissé de côté, La Guerre contre Paris. Nous n’avons pas pour autant, sauf à mentionner un court texte du même Tombs[56], d’histoire tant soit peu approfondie de la politique de Versailles. Les sources ne manquent pas. Outre les documents conservés dans la série C des Archives nationales, la famille d’Audiffret-Pasquier possède dans ses archives le registre des réunions du Comité de Quinze désignée le 20 mars par l’Assemblée nationale pour contrôler la politique du chef du pouvoir exécutif. Le président de l’Assemblée nationale vient d’annoncer une possible publication des comptes-rendus des « comités secrets » de l’Assemblée en 1870 et1871.[57]

 

Je ne puis m’empêcher de constater, non sans une certaine mélancolie – je n’ose dire un agacement certain - que tous les travaux, nullement « révisionnistes » mais de consolidation scientifique, n’ont pas ou peu ébranlé une vulgate de la Commune trop répandue. Il y a là une distorsion qu’il n’est pas facile de faire disparaître entre histoire et mémoire de l’événement.On ne cesse par exemple de vanter la gestion par la Commune des services publics : l’affirmation serait à sérieusement nuancer, ne serait-ce qu’à la lumière des Notes pour servir à l’histoire de la Commune d’Andrieu.[58] Theisz administre la Poste, crée un conseil des employés. Mais le courrier ne pouvant passer, du fait du blocus de Paris, il a dû faire appel pour en acheminer une partie à des entreprises privées. Et il y a là risque d’équivoque. Le thème de la municipalisation des services publics n’apparaît qu’en 1874, au Congrès de Bruxelles de l’internationale, développé dans un remarquable rapport du Belge César de Paepe, qui propose une réédification, cette fois théoriquement solide, de la société, de la Commune à l’Etat.

 

Gardons-nous d’embellir l’histoire de  la Commune. L’Assemblée communale n’a  disposé au mieux que de cinquante-quatre jours de travail, pas même deux mois.

Nous disposons désormais de deux remarquables instruments de travail : la bibliographie de Le Quillec et le Guide des sources de la Commune.[59] Il est temps de les faire fructifier.

 



[1] Que je ne mentionne pas ici certains ouvrages ne signifie pas que je n’en apprécie pas le contenu. Ils sont seulement hors de mon propos.

Deux livres d’honnête vulgarisation par des non spécialistes :

Donny Gluckstein, The Paris Commune: A Revolution in Democracy, Haymarkets Books, 2011, University Press, 1995, 260 p.

Pierre Milza, « L’année terrible », La Commune, mars–juin 1871, Perrin, 514 p.

Bertrand Tillier, La Commune de Paris, révolution sans image ? Politique et représentations dans la France républicaine (1871-1914), Champ Vallon, 2004, 522 p.

Albert Boime, Art and the French Commune, Imaginig Paris after War and Revolution, Princeton.

 Une comparaison n’est pas particulièrement heureuse : Amélie NIcolas, Etude de deux témoignages historiques de la Commune de Paris : « Histoire de la Commune de 1871 » de Prosper Olivier Lissagaray et « La Commune de Paris, histoire et souvenirs » de Louise Michel. Mémoire de maîtrise sous la direction de C. Pomeyrols, Université de Nantes, 2002, éd. Sudel, 2005, 123 p.

[2] Colloque de Perpignan 1996, La Commune de 1871 : utopie ou modernité, Presses universitaires de Perpignan, 2000. Colloque de Montbrison 2003, La Commune de 1871, l’événement, les hommes et la mémoire, Publications de l’Université de Saint Etienne, 2004.

[3] David A. Shafer,  The Paris Commune: French Politics, Culture, and Society at the Crossroads of the Revolutionary Tradition and Revolutionary Socialism, New York and Basingstoke: Palgrave Macmillan, 2005, xii + 226 p.

[4] Robert Tombs. The Paris Commune 1871, London, Longman, 1999.

[5]  Laure Godineau, La Commune de Paris par ceux qui l’ont vécue, Parigramme eds, septembre 2010,  263 pp. Voir  également Jean-François Lecaillon, La Commune de Paris racontée par les Parisiens, Giovanangeli, 2009, 263 p.

[6] Gonzalo J. Sanchez, (1997). Organizing independence: the artists federation of the Paris Commune and its legacy, 1871-1889, University of Nebraska Press 1997.

[7] Colette Wilson, Paris and the Commune, 1871–78: the Politics of Forgetting, Manchester University Press, 2007, 236 p. On peut en compléter la lecture par l’ouvrage bien documenté de Janice Best, Les monuments de Paris sous la IIIe République, contestation et commémoration du passé, L’Harmattan, 2010, 282 p.

[8] Je me permets ici une incise. On se réfère en France, à l’édition de 1896, qui, précisée et augmentée, reprend le texte de celle de 1876. À l’étranger, on réédite à l’envi l’édition anglaise de 1866, celle qui a été traduite par Eleanor Marx, revue par son père, ce dont on se félicite volontiers à gauche (Éditions en 1967, 1976, 2009. 2010…). La simple comparaison des trois éditions montre que les ajouts de K. Marx ont été tous supprimés dans l’édition définitive, qui rétablit en l’augmentant le texte de 1876, infiniment plus républicain que « socialiste » ou socialisant, en tout cas pas marxien. Cf. mon texte : « Ecriture d’une histoire « immédiate » : l’Histoire de la Commune de 1871 de Lissagaray », La Révolution (1789-1871), écriture d’une une histoire immédiate, Publication de l’Université Blaise Pascal, 2009.

[9] Stewart Edwards, The Paris Commune, 1871, London, Eyre and Spottiswoode, 1971, 417 p. La première histoire de l’amnistie est de Jean T. Joughin en 1955 : The Paris Commune in French politics ; the history of the amnesty of 1880, John Hopkins Press, 2 vol. 529 p.

[10] Parizhskaya  Kommuna 1871 g. Pod red. E.A. Zhelubovskoy... and others, 2 vols, Moskva, Izd-vo Akademii Nauk SSSR, 1961. Edited by E.A.  Jeloubovskaïa.

E.A. La Commune de Paris 1871, sous la direction de E. Jéloubovskaia, A. Manfred, A. Molok, Académie des Sciences de l'U.R.S.S., Institut d'Histoire universelle, Moscou, Editions du Progrès, 1971.

[11] Molok, Aleksandr. Parizhskaya Kommuna 1871 goda v dokumentakh i materialakh, (khrestomatiya). S prilozheniyem kart i faksimile dokumentov. Leningrad-Moskva, Gos. Izd-vo, 1925, 581 p. (Documents et matériaux, une anthologie).

Molok, Aleksandr. Parizhskaya Kommuna 1871 g. Leningrad, 'Priboy', 1927, 184 p.

[12] Frank Jellinek. The Paris Commune of 1871. London, Gollancz, 1937, 447 p, Réédition récente New York, Grosset & Dunlap, 1965.

[13] Roger V. Gould, Insurgent Identities, Class, Community and Protest in Paris from 1848 to the Commune, University of Chicago Presse,  1995, 253 p.

Deux de ses articles sont importants :

« Multiple Networks and Mobilization in the Paris Commune, 1871 », American Sociological Review, Vol. 56, No. 6, 1991, pp. 716-729.

« Trade Cohesion, Class Unity, and Urban Insurrection : Artisanal Activism in the Paris Commune », American Journal of Sociology, vol.98, number 4, 1993 January,

[14] R. Tombs, « Les Communeux dans la ville : des analyses récentes à l’étranger », Le Mouvement social,179, 1997, p. 93-105. J. Rougerie, « Autour de quelques livres étrangers », Colloque de Montbrison, p. 215-236.

[15] Ann Arbor, The University of Michigan Press, 1996. Du même, « Memory and the Cult of Revolution in the 1871 Paris Commune », Journal of Women's History, Vol. 9, 1997.

[16] Alain Dalotel, Alain Faure, Jean-Claude Freiermuth, Aux origines de la Commune. Le mouvement des réunions publiques à Paris 1868-1870, Maspero, 1980, 374 p.

R. D. Wolfe, The origins of the Paris Commune: the popular organizations of 1868-71. Ph. D. thesis, Harvard University. Cambridge, Mass., Harvard University Library, 1965.

R. D. Wolfe, « The Parisian Club de la révolution, 1870-1871 », Past and Present, n°. 39, 1968, p. 81-119.

[17] Jean Dautry, Lucien Scheler, Le Comité central républicain des Vingt arrondissements, Editions sociales 1960 ;  Rougerie  « Quelques documents nouveaux pour l’histoire du Comité central des Vingt arrondissements », Le Mouvement social, 1961, n° 37, p. 3-29.

[18] Firmin Maillard l’avait déjà souligné dans l’introduction à son recueil de textes : Affiches, Professions de foi, documents officiels, clubs et comités pendant la Commune, recueillis par Firmin Maillard, Dentu, 1871.

[19] Archives de la Ville de Paris, D89Z1.

[20] La Troisième défaite du prolétariat français, pp. 269, 271.

[21] Renée Le Carrer, Le IVe arrondissement, Université de Paris-I, 1971.

Claire Arribaud, La Commune dans le XVIIIe arrondissement dit de la "Butte Montmartre", Université de Paris-X Nanterre, 1971 (Dir. Ph. Vigier).

Jean Claude Freiermuth, Un arrondissement de la gauche pendant le siège et la Commune, le XIIIe, 1973, Université deParis-I.

Alain Dalotel, Esquisse d’une histoire de la République démocratique et sociale à Popincourt (1870-1871).T.1 : Le contentieux du Second Empire., Université de Paris-VIII Vincennes, 1973.

[22] « Prudent rebels : the 2nd arrondissement during the Paris Commune of 1871 », French History, 5, 4, 1991, pp. 393-413.

[23] Archives de la Ville de Paris, séries VD.3/9 à 18,V.D6 741 et la suite.

[24] Clifford, Dale Lothrop. Aux armes citoyens ! : the National Guard in the Paris Commune of 1871, Ph. D. thesis, University of Tennessee, Ann Arbor, University Microfilms, 1975. 378 p.

[25] Sociétés et Représentations, septembre 2003, no16, p. 257- 267. À mentionner également un court travail sur la garde du IIIe arrondissement Aurélien Boucher, La Garde nationale du IIIe arrondissement de Paris : septembre 1870- mai 1871, Maîtrise d’histoire, Université de Paris XII, 2000, 212 p.

[26] SHAT, Ly 42.

[27] Pierre-Henri Zaidman, Emile Duval 1840 1871 ; un héros du XIIIe arrondissement, Ouvrier fondeur, Général de la Commune de Paris, Editions Dittmar, 2006, 380 p.

[28] SHAT, carton Ly 26.

[29] Alain Dalotel, Emile Maury Mes souvenirs sur les événements des années 1870-1871, La Boutique de l’histoire, 2000, 107 p.

[30] Camille Pelletan, Questions d’histoire. Le  Comité central et la Commune, p. 92.

[31] Voir Claude Schkolnyk, Victoire Tinayre 1831-1895. Du socialisme utopique au positivisme prolétaire, L’Harmattan,1997, 412 p.

[32] Voir cependant la rapide étude d’Eugène Kerbaul, Nathalie Le Mel, une communarde bretonne révolutionnaire et féministe, Ed. Le Temps des Cerises, Pantin, 2003, 164 p.

Il faudrait rendre meilleure justice aux travaux jamais traduits d’Ivan Knijnik Vietrov. Dans l’entre-deux guerres, travaux sur Anna Jaclard et sur Dmitrieff, à laquelle il consacre en 1947 une thèse. De lui également Trois femmes russes dans la Première Internationale et la Commune de Paris, Moskva, Naouka, 1964.

[33] Encyclopédie politique historique des Femmes, Christine Fauré, PUF, 1997. Voir également « Les Communeuses » Robert Tombs, Sociétés et représentations, n° 6, juin 1983 p. 47-65.

[34]  Eugene W. Schulkind, « Socialist women during the 1871 Paris Commune », Past & present, n° 106, Feb. 1985, p. 124-163.

[35] Edith Thomas, Les Pétroleuses, Gallimard, 1963, 288 p.

[36] Gay L. GULLICKSON, Unruly Women of Paris : Images of the Paris Commune, Ithaca, NY, Cornell University Press, 1996, 283 p. Voir également  Carolyn J. Eichner, Surmounting the Barricades: Women in the Paris Commune. Bloomington: Indiana University Press, 2004. xii + 279 pp.

Alain Dalotel, André Léo, la Junon de la Commune, Association des publications chauvinoises, 2004, 199 p.

[37] The University of Arizona, 2006. University Microfilm International 2007.

 Je laisse ici de côté les apports étrangers évidents sur les Communards de l’exil : Vuilleumier pour la Suisse, Sartorius pour la Belgique…Ici encore il faut regretter que n’ait pas été traduite la thèse de Paul Kevin Martinez, Paris Communard refugees in Britain, 1871-1880, University of Sussex, vili, 630 p. Voir en français Renaud Morieux, 1997 Paris I, Une communauté en exil, les réfugiés de la Commune à Londres (1871-1880).

[38] C 2883 à 2885.

[39] Éditions sociales,  1972, 402 p.

[40] Julian Archer, The First International  and the Lyon revolutionnary mouvement 1864-1870 Ph. D. University of Wisconsin, 1970, 688 p. Travail qui n’a jamais été traduit, que nous ne connaissons que par les fragments que l’auteur a donnés à diverses revues :« La Naissance de la IIIe République à Lyon (4-15 septembre) »,Cahiers d’Histoire, XVI, n° 1, 1976, p. 5-28. « La Commune de Lyon (mars-avril 1871)», le Mouvement social, Paris, octobre-décembre 1971 (n° 77), pp. 5-47. « The crowd in the Lyon Commune and the Insurrection of La Guillotiere », International Review of Social History, 1972, 170 p. 183-188.

J. Rougerie, « La première Internationale à Lyon », Annali del Istituto Giangiacomo Feltrinelli, IV, 1961, p. 129-161.

[41] Rémy Gallinat, La presse lyonnaise pendant la Commune (septembre 1870-juin 1871 diplôme de master de l’Université de Lyon II, juin 2010. Inédit, consultable sur Internet.

[42] Le Progrès (républicain), Le Salut public (plutôt impérialiste), la Décentralisation (légitimiste), le Courrier de Lyon (républicain conservateur).

[43] Esquisse d’une histoire de la presse étrangère (qui n’est pas à négliger) : Patrick C. Jamieson, « Foreign criticism of the Paris Commune. The role of British and american, newspapers and Periodical », Interactions 11, n° 1, 2010  p. 100-115.

[44] Maxime Jourdan a publié récemment un Cri du Peuple. Ce journal tant, trop vanté, est-il la meilleure expression de l’opinion populaire parisienne ? Maxime Jourdan, Le Cri du Peuple (22 février 1871-23 mai 1871), Paris, L’Harmattan, 2005,  306 p.

[45] Lejeune Xavier-Edouard, Lejeune Michel et Lejeune Philippe, Calicot. Enquête de Michel et Philippe Lejeune. Paris, Arthaud/Montalba, 1984, 366 p.  Calicot a fui la Commune, mais n’en trouve pas pour autant les revendications inacceptables.

[46] Ronald Aminzade, Ballots and Barricades: Class Formation and Republican Politics in France, 1830–1871. Princeton University Press, 1993, xiv, 321 p.

[47] Raymond Huard,« Un échec du mouvement communaliste provincial : le cas de Nîmes », La Commune de 1871, utopie ou modernité, op. cit.

[48] Antoine Olivesi, La Commune de 1871 à Marseille et ses origines, Marcel Rivière, 1950, 169 p.  Heureusement réédité en 2001 aux éditions Jeanne Laffite, 170 p. À signaler cependant  Roger Vignaud : Gaston Crémieux – la Commune de Marseille – un rêve inachevé… Edisud - 2003.

[49] Jacques Girault, Bordeaux et la Commune 1870-1871, Mouvement ouvrier et idéologie républicaine au moment de la Commune de Paris, Fanlac-Périgueux, 2009.

[50] Voir cependant de Sudhir Hazareesingh, « Republicanism, War and Democracy: The Ligue du Midi in France's War Against Prussia, 1870–1871 », French Historical Studies, Vol. 27, Number 3, Summer 2004, pp. 709-718.

[51] Greenberg, Louis M., « The Commune of 1871 as a decentralist reaction », Journal of Modern History, v. 41, n° 3, 1969, p. 304-18.

Greenberg, Louis M. Sisters of liberty: Marseille, Lyon, Paris and the reaction to a centralised state. Cambridge, Mass., Harvard U.P., 1971. 391p.

[52] Gouvernement direct. Organisation communale et centrale de la République. Projet présenté à la Nation pour l'organisation de la Commune, de l'Enseignement, de la Force publique, de la Justice, des Finances, de l'État, par les citoyens H. Bellouard, Benoît du Rhône, F. Charassin, A. Chouippe, Erdan, C. Fauvety, Gilardeau, C. Renouvier. J. Sergent, etc., Paris, Librairie républicaine de la Liberté de penser, 1851, in-8, 461 p.

[53] Mémoire sur l’établissement de la République fédérale en France, dédié aux cantons de la République, Dentu, 1871.

[54] Libraire de la propagande démocratique et sociale européenne,1851, 64 pages. Michel Vernus, Victor Considérant (1808-1893), 1993, consacre plusieurs bonnes pages à l’attitude de Considérant pendant la Commune.

[55] « La Question sociale », La Marseillaise, 19 décembre 1869 au 8 février 1871, puis, sous le pseudonyme de Jacques Maillet (Millière a été arrêté) du 26 février au 5 mars, enfin du 5 avril au 2 mai.

[56] « The Thiers government and the outbreak of the Paris Commune », The Historical Journal,  23, 4, 1980, p. 813-831.

[57] Dépèche AFP du 15 mars 2011 et presse. Sur quatre séances, une seule, celle du 22 mars, concerne notre propos.

[58] Jules Andrieu, Notes pour servir à l’histoire de la Commune de Paris en 1871, Petite bibliothèque Payot, 1971.

[59] Le Quillec, Bibliographie critique de la Commune de Paris 1871, 2è édi., La Boutique de l’Histoire, 2006, 649 p.

Guide des sources de la Commune de Paris et du mouvement communaliste 1864-1880, t. 1, Documentation française, 2007, 731 p.

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